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     Quel Yoga ?

                  


Quel Yoga ?
              article paru dans la revue Drish 187-188

On me pose parfois cette question lorsque je parle de mon métier, je devrais dire l’un de mes métiers, celui d’enseigner le Yoga : “
Quel Yoga enseignez-vous ?”.
Ou bien, la question qui vient parfois contient un nom précis : vous enseignez le Yoga-machin ou le Yoga-truc ? J’espère que le lecteur ne m’en voudra pas d’utiliser ces mots bizarres mais je préfère ne citer aucun nom pour ne vexer personne ni faire de publicité.
On trouve de nombreuses nouvelles formes de Yoga avec des noms ronflants plutôt étrangers et dépaysants. A-t-on pensé à proposer un Yoga occitan ou breton ou alsacien ? Pas à ma connaissance car ils seraient sûrement moins attrayants que d’autres très plébiscités par la dimension fantasmatique qu’ils peuvent contenir dans leur seule appellation. Mais c’est une autre histoire sur laquelle je travaille dans un de mes livres en cours qui traite du regard du psychothérapeute sur le monde du Yoga en Occident.

Question de choix.
Les professeurs que je forme ont la chance, car je pense que c’en est une, de pouvoir travailler selon plusieurs styles, ce qui mérite quelques précisions utiles.
Mes diplômes et certificats sont affichés à l’entrée de mon institut parmi lesquels se trouvent les quatre que j’ai obtenus en Yoga.
Le premier qui m’est sûrement le plus cher pour plusieurs raisons, est celui que j’ai reçu d’André Van Lysebeth lui-même en même temps que j’ai reçu mon nom sanskrit par Swami Yogamudrananda Saraswati dans la lignée de Swami Satyananda Saraswati avec qui André Van Lysebeth entretenait des relations de qualité. C’est la lignée de Swami Shivananda Saraswati (ci-contre) qui s’est inspiré de Swami Vivekananda, grand sage indien du XIXème-siècle décédé au tout début du XXème.
On pressent là, une dimension spirituelle importante et même essentielle, sachant que ce mot reste à dé finir et que je ne l’utilise que très peu.
C’est cette même année 1980 que j’ai obtenu aussi le deuxième degré d’Instructeur GV : même si cela n’a que peu de rapport au Yoga, j’en conserve une pédagogie et une reconnaissance immense pour ceux qui ont été mes guides sur le plan de la technique et de la rigueur dans la transmission et l’enseignement du travail psychocorporel. Les deux niveaux de mon brevet en arts martiaux (2012 et 2013) me servent aussi énormément dans la pédagogie du mouvement.

Et puis…
Estimant qu’il y avait d’autres choses à apprendre, je me suis lancé dans une autre formation, celle d’une fédération pour laquelle j’ai ensuite travaillé en participant à la création de deux de ses écoles de Yoga (Toulouse en 1984 et Perpignan en 1996) et à la formation de ses professeurs durant de nombreuses années (deux pour Toulouse et une dizaine pour les Pyrénées orientales).
Une fois ce deuxième diplôme obtenu, j’ai passé un certificat de Technique Yoga en 1986. Enfin, après avoir obtenu mon diplôme de Psychologue clinicien en 1992, j’ai suivi une formation en Yogathérapie et obtenu mon certificat en 1996. Elle ajoute à ma fonction de thérapeute, surtout au plan préventif, en ce qui concerne l’appropriation du Yoga en comprenant bien ce qu’il est en considérant les possibilités corporelles de chacun.

Et alors ?
Oui, je comprends bien que tout ceci ne réponde pas tout à fait à la question. Pas pour l’instant, en tout cas.
En clair, la transmission du Yoga repose sur plusieurs points : la technique, la tradition du Yoga, la pédagogie sans oublier le vécu de l’enseignant.
Il est à noter que sur ces deux derniers points, on ne se pose pas de question alors qu’ils sont très importants. Comment enseigner le Yoga si on ne le vit pas dans l’ensemble de ses aspects et sans avoir un solide sens pédagogique ?
Le plus souvent, la question du départ porte sur le côté technique. Il faut dire que dans ce domaine, on trouve de tout, si vous m’autorisez cette expression presque vulgaire.
Or, le Yoga est un, comme l’indiquait le numéro spécial 169 de la revue sur “
Hatha-Yoga et Raja-Yoga” : il n’y a qu’une tradition du Yoga qui est née en Inde. Toutes les autres appellations ne sont que des dérivés plus ou moins heureux et plus ou moins dépouillés du fondement réel de ce qu’est la voie indienne si complète. Cependant, il faut noter que la tradition propose plusieurs formes de Yoga non physiques à forte dimension spirituelle.

Le Hatha-Yoga.
Il faut dire que le Hatha-Yoga qui est complémentaire du Yoga royal, tous les deux étant ce que je transmets, comporte une véritable préparation permettant d’accentuer les bénéfices de la pratique. Elle est proposée de façon plus poussée lors des stages d’été et permet un travail particulièrement profond.
Pour rester sur le plan de la technique, plusieurs styles ont été développés en Occident, des plus justes aux moins adaptés. Les formations que j’ai suivies sont faites de deux styles opposés : l’un avec le maintien des postures et l’autre avec une absence totale d’immobilité.
Le mouvement y est quasi permanent, sans pause.
Si l’on considère que le but du Yoga est le contrôle mental, il nécessite d’être capable d’immobiliser le corps, de maîtriser toutes velléités de notre mental, de commander le moindre geste et de n’en avoir qu’un seul, celui respiratoire.
Certaines modes modernes oscillent entre une sorte d’immobilité sans tonus et le travail en séries de mouvements au cours desquelles il y a peu ou pas d’arrêt. Or, fans une séance de Yoga, il faut du mouvement et de l’immobilité l Le premier permet de tonifier le corps et le second de mieux le connaître pour mieux le contrôler et être capable d’un arrêt total des membres et de tout l’être afin de parvenir à l’état de méditation.
Cette manière de concevoir le Yoga suit la logique développée par André Van Lysebeth dans l’esprit de Swami Shivananda qui définit la posture au cours de laquelle on doit être immobile, longtemps, sans effort avec contrôle du souffle et du mental.

Les techniques.
Comme j’ai pu l’indiquer dans la revue, certaines techniques portent des noms différents. Elles sont d’inspiration moderne et ont quelques décennies seulement.
Celles plus anciennes inscrites dans les textes (“Samhita-s”), portent des noms inchangeables et inchangés d’une école à une autre Ainsi, le Cobra, la Sauterelle (ci-contre), l’Arc sont généralement pratiqués et ne subissent aucune modification de leur appellation. La posture de relaxation a un sens symbolique : elle se nomme posture du Mort (“Mrtâsana”) ou posture du Cadavre (“Shavâsana”). Il n’y a donc aucune équivoque : elle a un sens bien précis quant au relâchement total et à la valeur symbolique que recouvre le Yoga puisqu’il faut “mourir” à nos vieux comportements pour en adopter de meilleurs.
Mais c’est une autre histoire sur laquelle je reviendrai lors du stage sur la santé, au bord de la mer à la rentrée.
Seules des variations peuvent se présenter avec un objectif plus ou moins clair et aussi pour des raisons de les rendre plus accessibles et adaptées à tous publics.
Le Guerrier, l’Enfant, la Charrue, la Montagne, le Pont, la Roue, le Triangle, la Flexion avant debout, la Spirale que j’apprécie tant, n’en font pas partie et sont des apports modernes issus de l’inspiration trouvée dans des salles indiennes de développement corporel à une époque où le Yoga physique était une nécessité pour œuvrer à la libération de l’Inde du joug britannique. Pour être non-violent, il fallait être fort : c’est toujours une réalité car cela permet d’encaisser, de résister et aussi de se dominer plus facilement.
La Salutation au Soleil est issue des gestes guerriers en lien au Soleil que les prêtres hindous saluent chaque jour. Quant à Baïthak (photo ci-contre d’une partie du mouvement ;-notez le relâchement complet des mains et des doigts) que nous pratiquons à Sérignan-plage chaque année, il fait partie des pratiques des yogis qui l’utilisent pour renforcer le corps. C’est un excellent exercice de pliométrie qui permet vraiment de renforcer la musculature et de développer sa réactivité.

Préparation au contrôle mental.
Rousseau disait :
       Plus le corps est faible, plus il commande, plus il est fort, plus il obéit”.
Il n’y a pas d’erreur et vous avez bien lu : c’est le renforcement du corps qui nous permet de le gouverner. Cela signifie qu’une séance de Yoga doit comporter des temps puissants et des moments plus calmes et plus relâchés.
Le Yoga recherche l’immobilité mentale : elle passe par celle du corps.
Pour y parvenir, on doit bien le connaître : en ce sens, le travail en douceur, précis, contrôlé va avec celui en puissance laquelle est adaptée à chacune et chacun. La période moderne va avec une détente qui est davantage synonyme de laisser-aller, d’abandon à une certaine mollesse les yeux fermés (cela dit sans l’intention de blesser qui que ce soit parmi mes lecteurs) el laissant de côté les indispensables qualités de tonus et de dynamisme musculaires essentiels à un bon maintien corporel, une bonne santé, une bonne présence mentale à tout l’être, une bonne propension à réagir dans l’instant si nécessaire, sur tous les plans.
Le sage indien Aurobindo mettait en garde le pratiquant dans sa discipline (“Sâdhanâ”) sur ce côté mou, ténébreux, lourd nommé “Tamas” dans la philosophie du Yoga, car “l’effort personnel est préférable à l’inertie tamasique” :
       “Une Vitalité, un mental et un corps forts sont nécessaires dans la sâdhanâ. On doit tout spécialement prendre des mesures pour rejeter le tamas et pour apporter la vigueur et la force dans le cadre de la nature ”.
La raison en est que le mental est aussi relié au corps qui lui-même, par sa matérialité, est d’essence “Tamas”. Il nous faut donc veiller à ne pas nous laisser prendre par cette énergie qui tire vers le bas si elle n’est pas équilibrée par l’action.
Une participante me disait récemment avoir pratiqué le Yoga en Inde et que mon style de travail y ressemblait tout à fait. C’est le style classique “normal ”de la lignée traditionnelle du maître indien Shivananda et d’André Van Lysebeth dans laquelle je me situe par mon premier diplôme. L’équilibre est là, dans cette harmonie de deux styles, tonique et détendu, ferme (“Sthira”) et heureux (“Sukham”), selon les Yoga-Sutra.
Bonne lecture et bonne pratique.


                          Cet article est paru dans la revue Drish 187-188 parue en juin 2026.

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