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Voici quelques textes inspirés par l'Inde, la magnifique.
Laissez-vous porter, laissez-vous bercer par ces mots et imprégnez-vous de l'ambiance de ce magnifique pays dont on ne peut se lasser.
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Un monde étonnant ...

|  | Le Yoga, ses pratiques, et ses philosophies, nous viennent de l'Inde. Ce pays enchanteur et surprenant, déroutant et séduisant à la fois, mérite le détour, au moins une fois dans l'existence humaine.
Mon premier contact avec l'Inde s'est fait en 1989, lorsque je partis, en accord avec l'Université de Toulouse Le Mirail, afin d'effectuer un stage au All India Institute of Medical Science de New-Delhi, où mon travail de recherche servit de base à mon Mémoire de Maîtrise de Psychologie. Ce fut une rencontre riche et tendre. Inoubliable ...
Vous trouverez ci-après quelques textes liés à des impressions notées lors de mon premier voyage de 40 jours sur le sol indien.
Un peu plus loin, les Souvenirs d'Inde Mars 2002, vous feront partager les premières notes prises en Inde lors de mon second séjour, et revivre avec moi ces visions magnifiques du "Rituel du marchand de thé" et des "Temples de Khajuraho".
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Apsara ...

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| "Apsara"AIIMS, Delhi, Jan 90. Dans le brouhaha et le passage des unes et des autres, entouré de l'envol frétillant des oiseaux dociles, mon regard s'est soudain arrêté et un temps s'est écoulé avant que je m'en rende compte. Mes yeux s'étaient fixés sur son visage doux, son front légèrement bombé et large, sa chevelure d'ébène tirée en arrière et arrêtée en une queue de cheval dégageant ses épaules couvertes d'un vêtement beige avec, sur le devant, un dessin géométrique rouge et doré. Ses yeux rieurs et ses sourcils sans fin et parfaits, et ses lèvres, souriaient, mais d'un sourire tranquille, comme s'ils reflétaient une sorte d'intense paix intérieure. Elle tournait parfois la tête, machinalement, au gré du passage, dans un sens ou dans l'autre, mais sans que cela ne gâchât la tranquillité de son visage paisible, sans ride ni pli, lisse et rayonnant comme celui d'une enfant. Mais sa présence en ces lieux me forçaient à penser qu'elle n'en était plus une. Son calme et son sourire illuminaient. A-t-elle vu que je l'ai vue? Je ne le saurai jamais, mais son visage, je m'en souviendrai toujours.
AIIMS, Delhi, Jan 94.
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La cantine aux oiseaux ...

|  | "La cantine aux oiseaux" AIIMS, Delhi, Jan 90. Je jette un dernier coup d'oeil sur cette cafétéria dans laquelle je ne reviendrai sûrement plus, en tout cas, pas avant longtemps, et perçois cet immense mouvement auquel je suis bien habitué, des préposés au dégagement et l'arrangement des tables, qui pressent les uns, semblent brusquer les autres, rangent les chaises avec frénésie, presque avec manie, ramassent les assiettes et entassent les coupelles, du serveur de thé, arrondi et si sympathique, du cuisinier speedé, aux moustaches relevées à la hussarde, musclé et si étonné que je prenne toujours mon riz sans légumes. Le temps que je voyais si loin quand j'entrai pour la première fois en ces lieux afin d'y prendre un thé, me semble maintenant venu trop tôt, car demain, tout cela sera fini et c'est avec un pincement au coeur que je quitterai cette atmosphère, même si cela ne fait que me rapprocher un peu plus de mon retour au pays.
AIIMS, Delhi, Jan 90.
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Ganga River ...

|  | "Ganga River", Varanasi (Bénarès) Vendredi 19 Janvier 90, 8h |
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G (le Guide) - vous voulez vraiment entrer dans le Gange? M (Moi) - bien sûr puisque je vous demande si c'est possible. Vous ne le faites jamais? G - non, jamais. Ces croyances et ces mythologies sont faites pour les petites gens! M - alors admettons que je sois de ces petites gens... G - ce n'est pas ce que je voulais dire... M - peu importe. Alors, c'est possible ou non? G - bien sûr! Mais vous êtes certain de vouloir le faire? M - oui, puisque je vous le dis!... Mes compagnons s'étaient arrêtés un peu plus haut sur les ghats. Je les rejoignis afin de céder appareil-photo, couverture, vêtements aux bras tendus vers moi comme des patères immobiles et silencieuses. Ainsi dépouillé, le corps presque nu, portant en médaillon Ganesha et Shiva sur- la poitrine, je me suis approché du fleuve sacré, parcouru par un vague frisson, ai joint mes pieds sur la terre meuble et humide, à quelques mètres seulement de femmes occupées à laver leur sari, de sages saluant le soleil et de jeunes gens pratiquant leurs ablutions rituelles. 
J'ai joint mes mains face au levant et suis resté debout un temps qu'il m'est impossible de quantifier. Je sentais l'équilibre de mon corps, la chaleur douce du rayonnement solaire sur ma peau, la tranquillité de l'heure et du lieu, et la paix dans mon esprit. J'ai ouvert les yeux, ai à nouveau contemplé l'astre de jour et me suis avancé dans l'eau boueuse, mes pieds se posant sur la vase fuyante et argileuse. Un bref instant me sont apparus tout ensemble les clichés d'horreur, de pollution et de dégoût que l'on attache à ce fleuve pourtant purificateur; mais ils ne résistèrent pas au calme intérieur mêlé de joie paisible qui m'animaient. J'ai avancé encore, puis plongé. L'eau était vraiment boueuse. Et son goût inoubliable... Comme sa couleur... Je suis ressorti, ai essoré ma chevelure, refait face au soleil et ressenti ses douces et pénétrantes vibrations, puis enfin, j'ai doucement remonté les ghats. Tout en recouvrant ma peau encore humide et - chargée de gouttes d'eau, je compris, ou perçus que quelque chose venait de se passer. Au fond de moi, un changement s'était opéré. En quoi ? Comment ? Je ne saurai le dire ... Mais je sais que ce matin-là, quelque chose d'irréversible s'est produit.
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Au pays de Bharat ...

|  | Au pays de Bharat. Il y a, je crois, trois façons au moins d'appréhender l'Inde. Il y a celle d'il y a 20 ans, consistant à, dès la descente d'avion, sauter dans un taxi et se faire mener au premier ashram venu afin de se rassurer sur son bien-être. La seconde est celle que proposent les agences de voyages, avec prise en charge totale, de votre arrivée jusqu'à votre départ, avec un guide protecteur s'occupant à la fois de vous préserver un certain confort dans une sorte de cocon moelleux, à l'abri, si possible, des regards extérieurs et de tout contact direct, et de vous mener dans diverses manufactures où la règle est établie qu'il sera plus ou moins commissionné selon votre bonne volonté. La troisième manière est de partir avec un billet Aller-Retour, un projet, pas de blindage, l'envie de s'ouvrir au maximum pour en prendre plein l'appareil sensoriel et pour s'informer le plus possible sur les conditions de vie, observer les coûtumes, rencontrer les gens et vivre à fond toute situation sans intermédiaire ni fausse-réalité.
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| Tout comme on plonge dans le Gange, avec la bénédiction du dieu Shiva, omniprésent et tout-puissant protecteur de l'humanité. Ce n'est qu'à cette condition de confiance absolue que l'Inde vient à vous sous son vrai visage : celui de l'accueil chaleureux, de l'amour, de l'authenticité. Il faut aussi prendre soin, en quittant l'avion, d'y abandonner son propre système de valeurs afin de mieux coller à la réalité qui, sans cela, devient vite difficilement vivable, voire insupportable. Insupportables, ces gosses de 10 ans et moins qui travaillent déjà et ne connaîtront jamais l'école, scandaleux, ce thé qui vient d'une casserole plus que douteuse et que l'on vous sert dans un verre pas mieux, intolérable, ce type couvert de poussière et qui, les membres dévorés par la lèpre, se déplace en rampant sur le dos tout en poussant de son moignon, un vieux pot appelant quelque aumône, invivable, ce taux de pollution si élevé qu'elle vous brûle les yeux et que le soleil ne se montre qu'entre 13 et 16 heures. Il faut faire le deuil de soi-même pour renaître Indien sur le sol indien, au risque sûrement d'avoir une sensation terrible d'arrachement, de brûlure et d'écorchures profonds lors du retour. Mais ça vaut tellement la peine, car c'est ça, l'Inde. Au cours de mon séjour, des troubles politiques secouaient le subcontinent depuis déjà quelques mois. Les hableurs et meneurs avaient cédé la place à l'armée, de plus en plus présente et faisant face à tous regroupements, manifestations ou grèves, aussi minimes soient-ils, tout en déployant un armement massif. Des soldats étaient postés à tous les carrefours. Tout près d'India Gate et du National Museum, un immense parc fut en quelques jours investi par les chars et les orgues de Staline au milieu desquels fleurissaient les tentes des militaires. Et je n'oublierai jamais celui-là, parmi ces derniers, posté près d'un grand rond-point, qui avait couché son fusil dans l'herbe et s'était assis en tailleur, jouant de ses doigts avec les pâquerettes. C'est ça aussi, l'Inde.
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New-Delhi, Samedi 2 mars 2002 ...

|  | "Après avoir atterri à l'aéroport international de Delhi, je me suis rendu à l'autre aéroport le "Domestics". Il est tard et je ne dors toujours pas, décalage horaire oblige ; j'ai beaucoup discuté avec le couple d'Arles qui est parti embarquer pour Calcutta. Puis je suis allé boire mon 3ème thé de la nuit : il est sacrément bon, même si le mode de préparation a apparemment changé : c'est un sachet ... & c'est plus cher qu'avant : 4 roupies au lieu de 1 à 1, 5 il y a 12 ans. Comme quoi, le temps passe & tout augmente ... La grande salle de l'aéroport s'est peu à peu remplie. L'animation a commencé vers 3 h du matin, lorsque plusieurs personnes et des groupes sont arrivées. Puis l'embarquement a commencé. A présent, tous les fauteuils sont pris.
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| N'ayant toujours pas sommeil (il est 22h30 en France, et donc pour mon horloge interne), je peux voir ces gens souriants, en apparence heureux, et aussi ces deux amis qui discutent, si proches l'un de l'autre, aussi proches que ce que j'avais pu observer lors de mon séjour précédent, au point que cela pourrait surprendre, voire choquer nos moeurs d'Occidentaux. Il a ses bras autour des épaules de l'autre, & leurs visages sont à une distance que, dans nos pays, nous ne supporterions pas. II y a aussi ces pères, si doux, avec leurs enfants, et aussi ce policier-militaire qui rejoint son collègue : c'est une longue poignée de mains & on a de la joie à se retrouver : cette journée d'activité professionnelle qui commence pour tous les deux est entamée heureusement, par des échanges cordiaux & sympathiques. Décidément l'Inde est belle ... ". | | |
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Rituel du marchand de thé ...

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| Rituel du marchand de thé |
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(Mercredi 6 mars 2002). "Le rituel du marchand de Tchaï (thé indien) est extraordinaire à voir. Il remue sa casserole dont le contenu se met à bouillir. II s'en verse un peu dans le fond du verre, le goûte, éloigne le verre clair de ses lévres en regardant au loin, tandis que ses papilles goûtent le liquide ambré. Puis il remet la casserole sur le feu, et le liquide se remet à frémir. Il rince bien le verre en tirant de l'eau du seau avec sa main, qu'il passe jusqu'au fond du verre. Il nettoie la passoire à l'eau, avec autant de soin, et je suis sûr qu'il ne le ferait pas aussi bien pour un de ses cocitadins, puis la secoue pour en évacuer les quelques gouttes claires. Le verre posé sur l'étal noir et poussiéreux, maculé et lourd, est encore humide de l'eau du nettoyage ; le garçon fait faire un grand mouvement tournant à la casserole, qui permet au liquide moussant de lécher les bords du récipient et de prendre toute l'essence du thé, et enfin, l'incline. Du bec verseur, le Tchai glisse, doré et brûlant dans le contenant clair, froid et encore humide, et laisse s'échapper une douce vapeur avant de rencontrer mes lèvres et qu'un délicieux fumet vienne éveiller mon sens de l'odorat, ravi de ce nouveau contact dont il ne se lasserait pas. Tout ça pour 2 roupies et quelques mots simples certifiant à cet homme, véritable artiste du goût que le Karma a amené à cette existence, que son thé est comme d'habitude, excellent".
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Bonsoir Khajuraho ...

|  | "Le soleil descend tranquillement derrière le temple du Maharajah. Les nuages lumineux moutonnent dans le bleu & le fond de l'horizon rosit doucement. Une fraîcheur tendre envahit le lieu tandis que la lumière est plus calme pour les yeux qui peuvent encore contempler ces merveilles qui ont été plus de 400.000 fois illuminées par la course du soleil. La pierre reprend sa couleur sombre & son relief se détache mieux sur l'azur veiné de quelques traces doucement orangées. Khajuraho ne va pas tarder à s'endormir. C'est mon avant-dernière soirée face à ces merveilles, c'est mon avant-dernière contemplation de ces lieux de culte à la fois lourd & aériens, puissants, légers & exaltés. Combien de courses du soleil avant que je revienne ici ? 12 ans de plus ? ou plus ? ou moins ? Reverrai-je ces temples, seulement une fois encore ? Nul ne le sait, mais une chose est certaine cependant : ils me survivront & continueront à porter très haut leur altier message de dévotion & de foi. (18.15).
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| Quelques Hindous, là-bas, se prélassent sur les marches du Vishvanath Temple ; le repos a sa place maintenant, la journée a été chaude et a épuisé les organismes. Au loin, les 7 chevaux de Surya continuent leur course, apportant vers d'autres régions du monde, la lumière, la chaleur & la vie. Les temples s'endorment paisiblement, pointant leur cime vers les dieux immortalisés dans la pierre depuis plus de 1000 ans, par l'homme de l'époque Chandella qui s'occupait d'amour, de foi & de guerre. Bonsoir, Khajuraho. Quel spectacle tu offres à mes yeux émerveillés & enchantés, mes yeux occidentaux non initiés mais ravis de cette vision. Quel spectacle tu offres au monde en ayant généré ici-même 85 lieux de culte, ce que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Quelle ferveur se dégageait ici, de ton peuple croyant et tolérant. Que tes dieux cléments continuent de veiller sur nous & qu'ils nous protègent de nous-mêmes. (18.25).
| Une légère brise se lève ; cet air qui vient caresser ma peau a frôlé les sculptures, effleuré un sein, glissé sur la courbe des hanches d'une déesse, soufflé sur un visage d'un dieu ou d'une Apsara. Il porte en lui une forme, un message, une impression millénaire de paix & de sérénité. Je souhaite que ma peau en conserve la marque & le souvenir pendant longtemps." Dimanche 10 mars 2002, 18h05
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La fête du Shivaratri, Mars 2002 ...

|  | La fête du Shivaratri "... Tout au bord du lac sacré, sur les ghats, quelques femmes accroupies en cercle, échangent dans leurs couvertures de couleur unie. Plus loin, beaucoup plus loin, on entend des slogans répétés en même temps que la musique ; elle s'interrompt un instant , puis reprend à nouveau avec force; ce qui, toutefois, ne gêne en rien les Indiens fatigués plongés dans leur sommeil. Un jeune Hindou s'approche de moi et me lance : "My best friend!... Two rupees!". Cette confiance, cette assurance sont bonnes à voir. Au travers des passants très nombreux dans la rue et sur ses abords, à cette heure avancée de la soirée, on continue encore la mise en place des installations et on finit de mettre les luminaires en place : tout n'est pas encore prêt pour la grande fête du Shivaratri. Ainsi, en quelques heures, les toiles se sont tendues, et ce qui n'avait aucun relief il y a 3 heures de cela, si ce n'est de nature humaine, a laissé la place à une immense foule et à des ensembles de tiges de bambous émergeant des toiles tendues. Ne voulant rien perdre du spectacle varié qui s'offre à mes yeux, à mes oreilles, à tous mes sens, je note en quelques mots chaque nouvelle observation ; c'est surprenant l'impression que je fais, avec mon stylo et mon bloc : les indiens me regardent écrire et je pense qu'ils doivent se demander ce que je fais et le pourquoi de ces pages noircies au stylo. - "You are welcome in India" me dit ce jeune homme d'à peine plus de 14 ans. Je lui réponds combien je m'y sens bien. Peu à peu, dans une sorte de progression lente et naturelle, le centre s'est vidé. Je me suis mêlé à la foule, et ai rejoint avec elle, le centre du village des temples. L'animation s'est déplacée, et les mégaphones se sont tus. Au loin, devant l'ancien palais du Maharajah, le long des ghats, s'agglutinent les formes humaines longilignes en mouvement : on pose ses affaires, on se débarasse de ses vêtements. Dans un mouvement descendant, certaines de ces ombres se rapprochent du niveau de l'eau et viennent s'immerger dans le lac sacré. L'eau est agitée, secouée, rejetée, expulsée, frappée. De multiples étincelles dansent sous les lampes fixées au mur du palais. Ces formes humaines aux couleurs pastel adoucies par la nuit, continuent de se masser tandis qu'une musique faite de sonneries, de tintements et de tambourins, rappelle le cristal de l'eau jaillissant sous les mouvements de plongée et d'immersion des fidèles. La musique s'accélère ; son rythme s'intensifie, sa force aussi ... Sur les ghats, tout près de moi, d'autres personnes encore ont pris place et s'étant dévêtues, se sont aussi plongées dans l'eau noire, puis en sont ressorties, se frottant le corps, le visage, et le cuir chevelu, avec énergie. Sur les ghats de gauche, un groupe de femmes s'est dépouillé de ses vêtements qu'il a déposés en paquets, sur une couverture posée à même le sol poussiéreux et sale. En frissonnant, il s'est dirigé vers l'obscure limpidité pour s'y plonger aussi et ramener jusqu'au bord un peu du précieux liquide dans un vase de métal blanc luisant, afin d'accomplir ses ablutions rituelles. Plus loin, insensible à cet immense mouvement, d'autres dorment toujours, inconscients et confiants ; comment pourrait-il en être autrement, lorsqu'on est ainsi sous la protection du dieu Shiva ? Tout ce spectacle bruyant et jaillissant laisse le barbier indifférent qui, accroupi, laisse tranquillement glisser la lame affûtée de son rasoir sur la peau tendue du cou de son client, accroupi lui aussi, tout aussi indifférent au brouhaha et à l'agitation ambiants. Il est 2h10 et l'animation s'est calmée dans les rues, bien que j'entende des chants et des cris, lorsque je décide de rentrer à l'hôtel où tout est éteint, ce qui m'obligera à réveiller le gardien tout surpris. Il est 2h et quart et l'animation dans les rues s'est calmée, bien que j'entende encore au loin des chants et des cris. La chienne qui chaque soir venait me saluer au cours de mes méditations nocturnes, m'a reconnu lorsque je me suis adressé à elle ; elle a grimpé jusqu'à moi pour que sa tête soit à portée de mes mains. De sa patte, elle a touché ma main en un geste que je lui connaissais déjà, puisqu'une fois, elle était venue la poser sur mon avant-bras, alors que je méditais sur les rives du lac sacré ..."
khajuraho, INDE, Lundi soir 11 Mars 2002
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Repas indien ...

|  | Repas indien Après avoir vu les temples en ruine, je dépasse Vamana Temple et me dirige vers le centre du village de Khajuraho où je suis attendu. J'arrive chez le brahmane à 11 h40. Je suis en avance : il n'est pas là. Alors que je m'apprête à monter à l'étage, comme j'y avais été invité la veille, on m'introduit dans un salon, au rez-de-chaussée, où on me fait comprendre que je dois attendre. "Puis on me fait monter, & m'asseoir au bord d'un lit placé au coin de la seule pièce de cet étage qui sert de cuisine. Accroupie au sol, la femme du brahmane coupe les tomates une à une après les avoir nettoyées à l'eau, tranche les pommes de terre, !es oignons, tandis que sa fille malaxe la pâte qui sera cuite dans quelques instants et deviendra de délicieux chapatis. La grand-mère est là aussi, édentée, également accroupie, ce qui me semble remarquable pour son âge & je pense que c'est sa remarque qui fait qu'on me demande de me déchausser, ce que je fais sans problème ; tout le monde est pieds nus & mes chaussures sont déposées à l'extérieur de la demeure, sur la terrasse où nous avions bavardé le jour précédent. La préparation culinaire commence alors : ce sont des gestes simples et organisés qui défilent sous mes yeux, accomplis par la maîtresse de maison qui les exécute tout en restant accroupie. Le feu du foyer, alimenté au bois, est situé dans l'autre coin de la pièce ; il n y a pas de cheminée, et la fumée monte et s'enroule puis redescend en suivant les branchages du sous-toit & vient nous suffoquer quelques instants tout en nous faisant apprécier l'odeur naturelle de bois brûlé. Au bout d'un certain temps, le brahmane arrive. Des assiettes à compartiments nous sont servies avec du riz safrané, du riz blanc, une sauce au centre, des petits pois & des pommes de terre, des tomates & de la salade, des oignons, & bien sûr, des chapatis. Comme le veut la tradition, seuls les hommes partagent ce repas, & je ne puis que me plier à cette coutume, sentant en moi-même une sorte de frustration de ce que !a maîtresse de maison ne puisse pas y participer aussi. On me propose de l'eau à boire ; c'est toujours une situation délicate, car je ne m'autorise que les boissons bouchées ou bien ma gourde remplie d'eau purifiée à l'hydroclonasone. Je pense qu'il doit être difficile à entendre que cette eau, versée d'une jarre de métal blanc dans un broc argenté, puisée au centre du village offerte de si bon coeur, puisse provoquer quelque trouble pour nous occidentaux, alors qu'ici, elle est absorbée sans problème. "
Khajuraho, Inde, 8 Mars 2002 |
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