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Projet d'écriture : "Quart de siècle" ...
| Quart de siècle ... |  |
... n'est pas un ouvrage publiable en l'état puisqu'il est simplement la compilation de textes de toutes tendances, et de toutes formes ayant pour moteur essentiel, l'inspiration du moment liée à l’émotion. Que celle-ci soit dictée par les sentiments forts, par - des lieux magiques, - des situations cocasses, - des rencontres, - des échanges de courriers ...
... dont le seul but est l’évasion humoristique tout en conservant un lien au réel comme savaient le faire Pierre Dac ou Raymond Devos. Regroupe 25 ans d'écriture sur plus de 500 pages, cette compilation revêt toutes les formes possibles : textes courts en prose, série à épisodes, sonnets obéissant aux règles de sa construction, octosyllabes, alexandrins respectant la métrique poétique, lettres, revues de presse tirées de la collaboration à des revues toulousaines (« Le Bulle », « Calbote », « AUFEU » …) contes plus sérieux, ou textes plus nostalgiques, ou encore réflexions sur notre temps, écrits plus graves avec une pointe d’humour sur la mort …
De plus, il était inévitable que je place ici les textes sur l’Inde qui est un pays que j’aime particulièrement pour sa richesse culturelle et pour son peuple.
Il ne manquait plus que quelques petites annonces et quelques pensées humoristiques.
Bonne lecture.
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Extraits de "Quart de siècle" ...

|  | | L'accompagnateur. ... |  |
|  | | L'accompagnateur. |  |
(diplômé en randonnées NDE et excursions SP). Je suis psychologue. Mais attention : pas n'importe lequel : je suis psychologue clinicien ! Mais attention : pas n'importe lequel ; je suis spécialisé dans "l'accompagnement des mourants"! Je vois dans votre regard, surprise et crainte dans votre oeil gauche et curiosité dans votre oeil droit. Ce n'est pas mentionné sur mon diplôme, mais cela figure sur ma carte de visite. La Mort n'a donc plus de secret pour moi. Avez-vous un mourant à la maison? J'en fais mon affaire. Il vous suffit de taper "36.15 Grande Faucheuse" et je suis là. Votre mourant sera, selon le stade auquel il se trouve dans son agonie, placé sur liste d'attente ou en urgence et j'accourrai, pour vous rassurer, en vous mettant à la porte de la chambre, puisque le spécialiste, c'est moi, et en me plaçant au chevet du moribond. Vous attendrez dans le couloir, à faire les cent pas et à griller cigarette sur cigarette, selon un schéma événementiel que vous aurez peut-être déjà connu en d'autres circonstances. Et lorsque tout sera fini, je viendrai à vous pour vous rasséréner; il sera mort, oui, mais surtout "bien" mort. Il vous restera la satisfaction d'avoir accompagné votre parent ou ami jusqu'au bout, par mon intermédiaire, avec un courage exemplaire. Lors, tout sera fini. Vous n'aurez plus qu'à régler mes honoraires que certains trouvent élevés ; mais, que voulez-vous, je ne rencontre mes clients qu'une seule fois. Ainsi, n'hésitez plus. Un héritage en vue en balance avec votre répulsion pour la mort d'un proche ? Contactez-moi. Enfin, sachez que si dans le mois qui suit, vous faites encore appel à mes services, je vous ferai un prix de fidélité. A bientôt pour vos proches ou... pour vous-même.
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| Petites annonces ... |  |
|  | Yogi achèterait stock de laine de verre et de polystyrène pour s'isoler du monde extérieur.
—– Jeune homme de bonne famille recruterait négresse à plateau pour lui porter son petit déjeuner au lit tous les matins. —– Organisme privé de sécurité sociale recherche haltérophile judoka pour faire des prises en charge. —– Cherche serrurier ayant santé de fer pour travail intensif. —– Embauche architecte ayant connaissances photographie, pour effectuer gros plans. —– Marchand de couleurs nerecherche pas marchand de goûts afin d'éviter toute discussion malvenue.
—– Fichet-Bauche recherche personnes ayant l'alarme à l'oeil. —– Société en plein essor cherche maçons ayant connaissances en armurerie pour béton armé. —– Couvreur ayant une ardoise chez fournisseurs et devant faire face à une tuile, cherche société de financement pour couverture. —– Embauchons plâtrier sérieux, le précédent ayant tout gâché. —– —–
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| Pensées ... |  |
|  | Quand les voies économiques sont en mauvais état, ou lorsque l'Etat lui-même n'est plus sur le bon chemin, c'est la déroute nationale et départementale.
—– Tout groupe universel incapable de se subvenir à lui-même sur le plan financier, doit être considéré non seulement comme un groupe sans gain, mais également comme loin d'être riche comme Rhésus. —– Deux oeufs dans une enveloppe fermée, timbrée, adressée, postée, tamponnée et expédiée, font une omelettre. —– Le code de morale de la navigation de plaisance l'exige : aimez-vous les uns les yachts. —– Un fort des halles en bonne santé a 13-8 de manutention. —– Serait-il indécent de faire la grasse matinée un jour maigre ? —– Pour voler de ses propres ailes, et donc être un personnage d'envergure, il faut avoir du nez. Cela ne veut pas dire que l'on vole de ses propres ailes du nez. —– Quand on manque de courage, mieux vaut se lancer dans la chasse aux fauvettes que dans la chasse aux fauves. —– C'est à son appétit de cheval qu'on voit qu'un homme a l'estomac dans l'étalon. —– Une lettre destinée à être remise en mains propres doit être tapée à la machine à laver.
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| La p'tit' auto ... |  |
|  | C'était une petite voiture, timide et jolie comme un camion neuf. Elle était si timide, que lorsqu'on la regardait, elle allait vite se cacher derrière les grosses berlines. C'est pour cela que le concessionnaire ne pouvait jamais la vendre : dès que quelque client s'intéressait à elle, sa belle carrosserie bleu-vert tournait au rouge et elle clignait des phares, avant de chercher à se camoufler derrière les grosses cylindrées. Un jour, elle fut remarquée plus intensément que d'habitude par un homme qui lui trouva un beau châssis. Quand son regard croisa celui du client, elle en tomba amoureuse et elle sentit un grand frisson tout au long de son arbre à cames, et son radiateur enfla de joie. Il effleura son aile, ce qui lui fit un bien fou, et, de bonheur, elle se mit à battre des portières. Quand le monsieur la prit par le volant pour l'amener, elle eut un léger sentiment de honte, du fait qu'il avait payé pour la prendre. Mais ce petit homme semblait si plein de douceur, ce qu'elle percevait bien lorsque de sa main chaude et ferme il caressait son levier de vitesses, que ce sentiment disparut et qu'il laissa la place à la confiance, et ce, de plus en plus vitre. Elle était heureuse qu'enfin, ils puissent ensemble tourner dans la même direction, lui ses yeux et elle, son pare-brise. Sa timidité s'en alla définitivement le jour où le monsieur décida, par une belle journée, de lui enlever sa capote. Elle tenta bien de résister en resserrant les sangles de maintien, mais avec sa tendresse habituelle et des gestes précis, il parvint à ses fins. Elle fut d'abord gênée qu'il la vît ainsi toute nue, mais après ce premier moment de pudeur exagérée, elle se détendit, et ils partirent ensemble faire une longue balade par les petites routes à travers champs et bois. Elle l'attendait souvent ; ils vécurent ainsi longtemps, mais n'eurent jamais d'enfants. Ils se séparèrent un jour, après bien des kilomètres : arrivée à un âge avancé, sa peinture fanée, elle n'eut pas de pot, et fut laissée par son beau monsieur, qui s'éprit d'une jeune berline fraîchement sortie de l'usine, une de ses jeunettes sans expérience qui allait lui faire claquer son fric, entre le carburant, l'assurance, l'entretien ... La p'tit' auto se fit une raison et désormais, resta seule et accepta ce destin, heureuse des souvenirs des milliers de kilomètres parcourus avec son gentil monsieur. Elle est visible, à présent, à la casse des Ets Golbert, 33 route de Verdignou, à Bronchères sur Orteil, où on la déshabille à volonté, pour quelques pièces. Comme quoi, l'argent ...
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| Courrier à une stagiaire ... |  |
|  | Christine G 6 lmpasse des R 31 Rocher de Monac
Colomiers. 4 juin 97. Chère Christine-Princesse Caroline, Oh non, je ne vous ai pas oubliée, je me suis simplement pendant quelques temps endormi sur mes lauriers que j'avais fort négligemment posés sur le clavier new-look de mon ordinateur à pédales. J'ai énormément apprécié votre offre de services qui devrait, j'en suis sûr et même persuadé, j'irai jusqu'à dire, convaincu, donc en un mot, j'en suis certain, trouver une réponse rapide dans le monde du silence de l'emploi pour reprendre un semblant d'expression que nous devons au cher Commandant Cousteau. Car en effet, l'apnée imposée au demandeur d'emploi, la plongée nécessaire dans le monde de la lutte pour un poste où l'insondable rime avec le difficile, exige d'avoir le tuyau qui convient, je dirai en l'occasion, le tuba, de façon à ce que quand on a de la bouteille comme vous, on puisse obtenir les palmes de la récompense l'orsqu'enfin reconnu par le recruteur qui est parfois un drôle de requin, on se retrouve confortablement placé sur un banc de sable où enfin on bosse, comme la baleine (à bosse...). Je suis donc ravi de voir que votre bilan vous permet de dire que vous partez de la bonne nageoire dans le monde du travail, sans faire le masque, et sans vous soucier des vagues que votre look à chaussettes jaunes pourrait bien susciter. Et je le dis tout haut, vous avez raison! Car enfin, qu'est-ce que la couleur de nos chaussettes pourrait bien faire à notre patron ? Est-ce sur ces chaussettes rouges de cardinal que M. Balladur fut, un certain jour, choisi pour assurer une cohabitation a loyer immodérée ? Je ne le pense pas et d'ailleurs cen'est pas souhaitable. Ce qui compte chez un travailleur, ce ne sont pas ses chaussettes, mais c'est... c'est ... oui, vous le savez ... C'est ce qu'il y a dedans. Et, qu'y a-t-il dans les chaussettes du travailleur motivé qui s'apprête à se rendre sur son chantier ou à son bureau ou à IDEE.F pour affronter des groupes d'adhérents à la Convention de Conversation ? Qu'y a-t-il ? Et bien il y a lui-même, par ses pieds interposés car on pourrait bien se poser la question : que serait un travailleur sans ses pieds ? C'est vrai, je le reconnais, et on peut peut-être le regretter, voire le déplorer, l'employeur compte surtout sur les mains des travailleurs d'où le mot manoeuvre, et peu sur ses pieds ; mais ne dit-on pas qu'on voit le travailleur à pied d'oeuvre, et n'est-il pas heureux, le patron, de voir son employé sur pied ? D'où nous déduisons génialement qu'en effet, les pieds du travailleur sont au moins aussi importants que ses mains : ce sont d'ailleurs elles qui prennent soin des terminaisons susdites puisqu'elles enfilent sur eux les chaussettes protectrices qui tiendront nos petits petons au chaud lorsque dehors, règnent le froid, le vent, la neige, les giboulées et, la mousson, surtout dans notre région. Sachant que vous avez, justement, bon pied bon oeil, armée de votre BTS et de votre DUT, je suis certain que vous ne tarderez pas à trouver un emploi sympa avec peu de choses à faire pour un gros salaire. Bonne route abyssale dans vos habits propres.
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| L'avenir de l'humanité ... |  |
|  | Le troisième millénaire est enfin arrivé. Il est là, on l’a rêvé, et on y est, il est tangible, préhensile, concret, et en fait rien ne semble avoir vraiment évolué ... ou bien il faut alors redéfinir ce mot ... Un savant anthropologue, peu ému par les considérations sur l’évolution et la perdition de l’Homme avec un grand H, et peut-être une grande tache, évoquait la possibilité qu’un jour ou un siècle prochain, la Terre ne soit plus peuplée par des humains, mais par des animaux évolués qui supplanteraient notre espèce actuelle. Faut-il effectivement s’en émouvoir ? Parmi les espèces potentiellement capables de jouer un rôle fondamental dans la succession de l’Homme, il y aurait les céphalopodes, traduisez les animaux dont tête et pied ne font qu’un, les occupants de la planète ayant bon pied bon oeil sur le même plan. Poulpes et pieuvres seraient nos héritiers, si nous leur laissons une planète en pas trop mauvais état ... Imaginez-nous, dans quelques décennies, rencontrant un pote, un ami, un frère ou un parent. Les embrassades n’en finiraient pas, tant les bras seraient nombreux à se croiser et à se saisir, nos poignées de mains seraient à la mesure de la longueur de nos tentacules et nos baisers feraient un grand bruit de ventouses qui s’aspirent, se collent et se décollent au gré des pressions et dépressions de l’air emprisonné par chaque prise. Nous serions d’une souplesse déconcertante à faire rêver le plus doué et le plus tordu des contorsionnistes. Et on pourrait s’écrire à volonté puisque nos bras ne manqueraient pas pour tenir moult stylos, sans compter que nous aurions de l’encre à volonté ... Une question se pose : l’hiver, nous mettrions des chaussures ? ou bien des gants ? La question reste posée, et je vous propose qu’on en rediscute d’ici quelques décennies, lorsque notre peau aura assez de viscosité pour nous permettre de nous glisser entre les rochers ou de nous asseoir simplement sur un banc de sable ...
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| L'arbrophile. |  |
|  | Peupliers élancés aux feuilles frémissantes, Tendant vos fines branches vers l'infini du ciel, Par cet élan semblant répondre à son appel, Vous êtes paraît-il, vous seuls, les remplaçants
Des hêtres aux feuilles claires que l'on voit dans les prés. Hêtre ou bien ne pas hêtre est la seule question Qu'ils portent tous en eux. Cette interrogation A pourtant sa réponse; la voici pour de vrai : Ce n'est un jardinier ni un pépiniériste Qui m'a fait part, à moi, de cette connaissance, Mais un poète aimé pour qui mon coeur balance. Ce rêveur esseulé, contemplant la nature, Dans son inspiration, eut un jour ces pensées : "Un seul hêtre vous manque et tout est des peupliers".
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| Mer déchaînée et chair démenée ... |  |
|  | Premiers contacts avec la côte : sentiment grandiose. Voir la mer pour la première fois ... C'est quelque chose, quand même !... "La mer est déchaînée" nous a dit notre logeuse, le lendemain matin en nous réveillant. La mer est déchaînée ... Je savais bien que les gens du coin aimaient la mer au point de s'y attacher ... mais pas au point de s'y attacher avec des chaînes ... Alors, on est descendus pour le petit-déjeuner en se demandant comment on allait faire pour se baigner, à moins que la logeuse ne se soit trempée ... Et on a entendu les gens dire que la mer était démontée. J'imaginais déjà Neptune avec sa salopette, une casquette et une trousse à outils, en train de défaire puis de reconstruire son univers marin. Mais c'était pire que ça. "La mer est emportée", témoignait un marin accoudé au bar. Un autre raconta qu'il avait de ses yeux, vu un skipper prendre la mer ; jusque là, on avait pensé que c'était un bateau ... Mais là, les précisions se faisaient de moins en moins vagues. Il y avait, paraît-il, des creux de 10 mètres, ce qui laissait à penser que le gars n'avait pas tout pris : il en avait laissé un peu. L'important serait de ne pas tomber dans le creux. Voilà que notre projet de baignade tombait à l'eau ...
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| Matin chagrin |  |
|  | Dans mon ascenseur, Il y a un miroir. Quand on est endormi, Le matin il nous dit : "T'as vu la gueule que t'as, T'as vu la gueule que t'as ? Tu es tout mal rasé, Et puis t'as un bouton Là, juste au bord du nez". Et moi je lui réponds Que pour un miroir, Il est très mal poli ; Et qu'avant de dire, Il pourrait réfléchir. Et puis, j'ajoute, en fond : "Que non, que non, que non, Je n'suis pas mal rasé, Ch'uis pas rasé du tout ; Et quant à mon naseau, J'y préfère un bouton Qu'une fermeture-éclair."
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| Périodes ... |  |
|  | Il est dans le cours de l'année, des moments difficiles à passer. D'autres sont, par contre, agréables : je pense aux congés annuels, par exemple, que l'on supporterait bien de voir rallonger de trois ou quatre mois au moins. Parmi les périodes difficiles, on trouve l'entrée de l'hiver, si triste, ou bien celle du printemps quand même plus gaie, et je dirais même trop : qui d'entre nous n'a jamais ressenti cette sève toute jeune monter tandis qu'en même temps on sent une irrésistible envie de grimper sur le premier lampadaire venu ? S'il est une période difficile dont j'ai choisi de vous causer plus précisément, c'est celle des chaises en chaleur. A cette saison-là, on ne peut aller nulle part sans trouver à chaque coin de rue, d'allée ou d'avenue, soit des traces plus ou moins fraîches de coïtus chaisus interruptus maculant les trottoirs ou les murs et si dangereuses pour le piéton inattentionné, à moins qu'on ne tombe sur quelque spectacle inattendu dont les caractères d'impudeur et de lubricité m'interdisent d'en dire plus long (bien que dans l'affaire, ce n'est pas une question de longueur, comme chacun sait). C'est aussi à cette période que l'on peut voir, principalement devant les grands cafés et bistros des grandes artères, une foule de chaises, lesquelles sont, en général, installées autour d'une table, par petits groupes de 4 ou 5 et semblent attendre, immobiles. Ne vous y trompez surtout pas : loin d'être innocentes, elles font le trottoir. Ainsi, dernièrement, j'ai vu au coin du boulevard Hictor Vugo, une personne âgée qui promenait son banc, le tenant en laisse, se voir barrer le passage par trois chaises qui devaient avoir le feu au siège et aguichaient, agressives, le banc en question. Le pire, c'est que ce genre de spectacle plutôt surprenant (c'est le moins qu'on puisse dire) peut avoir pour cadre n'importe quel lieu public. Tenez, il m'est arrivé une fois au Musée National des Antiquités, de voir de mes propres yeux (sans parler de ce que j'ai pu entendre et qui est tout simplement indécent et scandaleux), un fauteuil Louis XV faire son affaire à une vieille chaise à porteurs de la même époque. Encore heureux que les porteurs n'aient pas été là, sinon, je vous laisse le soin d'imaginer quelle drôle de partie ça aurait été. Je me suis de suite plaint auprès du conservateur (E 420). Quelques jours plus tard, dans le cadre tranquille et demi-obscur d'une salle de cinéma, alors que pourtant le film projeté n'avait (et n'en était d'ailleurs pas un) n'avait disais-je donc, vraiment aucun caractère érotique ni même pornographique, j'ai vu un strapontin se payer la chaise de l'ouvreuse. Je vous dis, un véritable scandale. Je décidai d'en référer directement auprès de l'Association pour la Défense et le Respect des Moeurs et du Salsifis Réunis ; mais le siège de l'association était en cavale depuis trois jours, à la recherche d'une partenaire. Comme quoi, on ne peut décidément compter sur personne. Et le soir, c'est terrible, le soir. Qui d'entre nous n'a jamais eu l'envie rageuse de balancer par la fenêtre un seau d'eau sur les chaises qui, au crépuscule ou pire, au coeur-même de la nuit quand tout le monde dort et repose du sommeil du juste, viennent tout près des murs miauler plaintivement. Ce problème ne se pose pas si l'on a pris soin de n'adopter que des mâles. Pas question d'avoir des femelles chez moi : j'ai toujours cherché à préserver mon sommeil. Aussi ai-je toujours refusé d'avoir des chaises : je n'ai pris que des tabourets. Ils sont encore tout jeunes, mais il n'est pas exclu que d'ici quelques temps je me décide à les faire châtrer, car il parait que ça court même quand c'est encore jeune. Encore faudra-t-il que je trouve un ébéniste qui accepte de le faire, car il parait que la Chambre Syndicale des Antiquaires et des Boulangers Réunis, s'oppose à toute émasculation. En tout cas, une chaise est certaine, euh, pardon, une chose est certaine, voulais-je dire, c'est qu'au moins, ils ne me ramèneront rien à la maison, car si j'avais pris des femelles, je crois qu'il m'eût été insupportable d'avoir à tuer des petits. Et puis sans cela, on ne sait jamais où est-ce qu'ils vont courir, ces individus. Voyez, par exemple, ma voisine qui a une chaise percée de la Pompadour, avec pedigree et tout le bazar, elle a voulu garder les petits de sa chaise. On a su plus tard qu'elle les avait eus avec un vieux fauteuil, et dans une décharge, en plus. Vous vous rendez compte. Et puis on ne sait jamais tout ce que ça peut faire ces mélanges ... Je me souviendrai toujours d'une de mes voisines, lorsque j'habitais la rue Ludwig Van Wolfgang Amadeus, qui avait laissé sortir sa chaise pendant cette période. Bien entendu, les mâles n'attendaient que ça, qui avaient, devant la porte-même de ma voisine, établi un siège en règle, se relayant pour miauler à la mort, etc. Bref, quand la chaise est revenue, une dizaine de jours plus tard, la paille hirsute et en bataille, dans un état, je ne vous dis que ça, on se demandait dans quoi elle avait mis les pieds tellement son dossier était à prendre avec des pincettes stérilisées au préalable et l'éther mélangés. Bien entendu, elle était pleine (pas ma voisine, sa chaise). On l'avait pourtant bien prévenue (pas la chaise, la voisine) :
- "Ne la laissez surtout pas sortir!'' - "Mais elle est trop âgée; elle ne risque absolument rien...'' - "Que vous dites, et si elle vous ramène des petits anormaux?'' - "Mais non, c'est impossible!...'' - "Vous verrez ce que je vous dis, Madame Ducrétin. Mais après tout c'est votre affaire, et je m'en balance comme de mon premier rocking-chair".
Et le jour de la délivrance arriva enfin. Vous me croirez si vous voulez, la prévision s'avéra exacte au grand désespoir de ma voisine qui s'en fut chercher son lance roquettes pour supprimer la descendance anormalement constituée de sa chaise qui venait de donner naissance à trois horribles escabeaux. Mais, me direz-vous, comment ça peut se reproduire, des chaises ? Et bien tout simplement à coups d'oir. Je pense vous avoir tout dit sur les chaises. Permettez-moi, donc de refermer pour aujourd'hui cet épineux et brûlant dossier, si je puis me permettre de prendre cette expression tout à fait en rapport avec le sujet de cet exposé, dont le modeste but était de vous faire savoir que les chaises, elles aussi, savent prendre leur pied.
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| Le Petit Chaperon Rouge ... |  |
|  | - Où vas-tu donc ainsi, Petit Chaperon Rouge ? - Traverser la forêt, mon cher garde-champêtre. - Mais ne penses-tu pas que le loup y peut être ? Derrière un de ces arbres qui sous le grand vent bougent ? A quoi te servirait ce joli cor de chasse Si tu venais à faire une mauvaise rencontre? Car il serait trop tard. Ce ciel que je te montre, S'assombrit peu à peu. Voici le jour qui passe, Et la nuit n'est pas loin. N'as-tu toujours pas peur, Petit Chaperon Rouge ? - Mais non, rassurez-vous, Car je suis habituée; et pour ce qui est du loup, Jamais je ne l'ai vu dans ces contrées en fleurs Et je ne pense pas l'y rencontrer un jour. - Mais dis-moi donc pourquoi tu passes en ces lieux, Au temps du crépuscule, sans lumière et sans feux? - Ma grand-mère a voulu, comme pépé est sourd, Que j'apprenne à jouer d'un instrument bruyant Pour qu'il puisse l'entendre; et après réflexion, Et renseignements pris, nous choisîmes le son De ce cuivre idéal qu'est l'instrument à vent. Ma professeur demeure juste après la forêt Et ne peut être là qu'en fin d'après-midi, Pour les cours de musique que depuis peu je suis. - Ah, vaillante petite. C'est ainsi de plein gré Que tu braves la nuit, le danger et le froid... - Eh oui, que voulez-vous, c'est pas ma faute à moi J'AI MES LECONS DE COR LE SOIR, AU FOND DES BOIS.
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| Fantasme d'Egypte ... |  |
|  | 140 personnes viennent par chance, d'échapper à une mort certaine et affreuse, dans des circonstances pourtant édictées par la loi. Au départ, un simple décret, dont la mise en application effective eût pu entraîner le plus grand drame de ces 50 dernières années si l'on excepte les quelques catastrophes à la fois aériennes et gigantesques. Un chef de service ayant rempli sa mission sociale et professionnelle à la satisfaction de tous, autant des supérieurs que des clients de l'entreprise, décida de faire appliquer à la lettre, le nouveau décret-loi 96.822 donnant la possibilité à tout nouveau retraité de voir son voeu le plus cher, exaucé. L'administration locale tiqua un peu lorsqu'elle examina le projet de ce sympathique travailleur qui, égyptophile à ses heures perdues, demandait à être muré un jour très prochain, dans une tombe de forme pyramidale, puisqu'il considérait que l'heure de sa mort sociale venait de sonner. Les agents du Ministère, quelque peu surpris et mis en difficulté par un tel désir, faillirent s'arracher les cheveux lorsqu'ils prirent connaissance de l'intégralité de la demande. En effet, ce pharaon des temps modernes demandait à être, comme aux temps des anciens Egyptiens, emmuré vivant dans une pyramide, en compagnie de toutes celles et tous ceux qui l'avaient servi au cours de sa vie : 20 employés, 3 coursiers, 2 balayeurs, 1 concierge, 12 commerçants du quartier, 2 médecins, 3 services hospitaliers de 18 personnes chacun, 3 agents fiscaux, 5 employés des P&T, 3 employés de banque, 3 caissières de supermarché, 2 chauffeurs de taxi, 2 coiffeurs, 5 chauffeurs de bus, 3 hôtesses de l'air, 2 commandants de bord ... Près de 150 personnes en tout, se trouvaient ainsi vouées à une fin certaine pour une simple affaire de décret aux intentions les plus généreuses, au départ. L'affaire passa donc en jugement et notre homme se trouva débouté, à la grande satisfaction des victimes élues et de leurs familles. En appel, les magistrats ont considéré que ce monsieur était dans son droit et que si elles ne se pliaient pas à la décision, les 140 et quelques personnes choisies seraient conduites par les forces de l'ordre : elles n'avaient donc qu'à se préparer à une dernière et mémorable sauterie avant de se faire embaumer. La Cour de Cassation, saisie par tout ce petit monde décidément obstiné à vivre, a confirmé le premier jugement. Décidé d'aller jusqu'au bout, ce fils de Khéops vient de faire appel et d'obtenir gain de cause. L'administration lui a alors signifié qu'un erreur s'était glissée dans le calcul de son âge de retraite, et qu'il devait, de ce fait, accomplir encore 3 années et 2 mois de travail effectif. Juste le temps, pour ces messieurs du Parlement, d'abroger le mortel décret 96.822. Comme quoi, face à la loi, notre vie est vraiment peu de chose.
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