Revue de YOGA Drish n°107-108 23ème année Sommaire Drish = voir (sanskrit) Nouvelle pandémie Technique : palming … Allez ! Soyez gentil !... Mettons-nous au frais Nos rendez-vous... Le Yoga à l’œil … A méditer ... Ecole de Yoga du K.R.I.Y.A. Institut Leininger 29 Ch de la Nasque 31770 Colomiers DARSHANA Yoga traditionnel Un regard sur l’apport réciproque Orient-Occident, une ouverture sur le monde Revue Drish créée et éditée depuis 1988 par GillEric Leininger-Molinier DARSHANA Yoga Traditionnel Ecole de Yoga du KRIYA Centre de Recherche Indépendant de Yoga Adapté 23ème année n°ISSN 0768-5661 Sommaire du n°107-108 Editorial ... ... 3 Sur vos Agendas ... ... 4 Allez ! Soyez gentil (4) !... ... 5 à 21 A méditer … ...22 Attention : nouvelle pandémie … ...23 à 25 Mettons-nous au frais !... ...26 à 34 Le Yoga à l’œil … ...35 à 45 A méditer … ...46 Fiche technique : le palming … ...47 à 54 Allez ! Soyez gentil (fin) !... ...55 à 70 Prochains rendez-vous ... ...71 Prochains DRISH ... ...72 Dépôt Légal & ISSN 2ème trim. 2010. Tirage : 90 ex. Prochain DRISH : Septembre 2010. Retrouvez les informations, les séminaires, les écrits et la rubrique Questions-Réponses sur www.institutleininger.com Adhésion : 28 €. "Ce que nous savons vraiment, savoir que nous le savons. Ce que nous ne savons pas, savoir que nous ne le savons pas. Là est le savoir-même" Confucius
Editorial du n° 106 Quoi de mieux que la belle saison pour entraîner son œil à une meilleure vision ? L’été avec sa lumière et ses congés, vous permettra je l’espère, de profiter des indications présentes dans les articles de ce double numéro afin de ‘voir’ le monde différemment. Ces exercices précis sont le résultat des recherches et des travaux de W. H. Bates, que vous connaissez sûrement ... Non ? Ce nom ne vous dit rien ? Pourtant je suis certain qu’au moins une fois dans votre vie vous avez entendu parler des pratiques qu’il a mises au point. Je vous reparlerai plus longuement de sa méthode dans un prochain numéro et préfère donner la priorité à la pratique concrète En tout cas bon entraînement afin d’aborder la rentrée future en conservant bon pied … bon œil. Bien à vous. A bientôt. GillEric Leininger Molinier "Mieux vaut pour chacun sa propre loi d’action, même imparfaite, que la loi d’autrui, même bien appliquée. On n’encourt pas de faute quand on agit selon sa propre nature" Bhagavad Gîtâ
Nos rendez-vous ... . Samedi 19 Juin : séance de révision pour les futurs enseignants de l’école de Yoga. . Mardi 29 Juin : soirée Méditation . 1er au 10 Juillet et 10 au 31 Août : inscriptions sur RV . 2 au 4 Juillet : retraite de 48 h en silence. Centre tibétain, Lavaur. . Yoga en Espagne : 18-24 : Séminaire A . Yoga en Espagne : 25-31 Juillet : Séminaire B . 10 Août : reprise des cours en salle . 29 Août La santé par la bonne humeur au Salon du livre de Monclar de Quercy . 24 au 26 Septembre : le Yoga mental. Séminaire de Yoga, Sérignan-plage.
Allez ! Soyez gentil !... (4) La journée de la gentillesse de fin 2009 est déjà loin : elle a sûrement été remplacée par d’autres journées et d’autres tracasseries très quotidiennes. Afin de terminer cette série de réflexions sur le sujet, je tiens à redire encore que cette attitude bienveillante envers les autres et même envers tout ce qui vit, ce qui signifie que même nos compagnons à quatre pattes ou à nageoires ou à ailes peuvent en bénéficier ainsi d’ailleurs que nos plantes (je n’ai pas encore donné de prénom à celles qui occupent mon bureau), est en plein accord avec ce grand mouvement qui nous relie par l’intermédiaire de la revue : le Yoga. Précision Ce rapprochement entre un comportement souhaitable dans notre monde et en général et cette discipline orientale tient au fait qu’il faut surtout ne pas s’arrêter uniquement à cet aspect physique du Yoga connu et re-étiqueté dans notre monde consommateur. Certes, cette pratique corporelle qui fait inévitablement intervenir le mental, peut aider à cultiver la gentillesse par le contrôle de soi qu’il amène. Détente musculaire, perception du corps, perception des émotions, prise de conscience du souffle sont des outils permettant une notoire amélioration des relations humaines, et encore plus si on y associe la connaissance des philosophies d’Orient dans leur diversité et leur grande richesse. Lors d’une session en Espagne, il y a quelques années, j’avais exposé les grandes différences entre l’Orient et l’Occident dans l’approche de l’Orient selon le point de vue de Carl Gustav Jung. Le psychanalyste fondateur de la psychologie des profondeurs remarquait que autant l’Occident est tourné vers l’aspect des choses, l’extérieur, l’expansion et se caractérise par le mouvement centrifuge, autant l’Orient dans son ensemble a une tendance naturelle à l’intériorisation, à la recherche de soi et du Soi, délaissant l’illusion de l’apparence sans importance et oeuvrant ainsi au développement de la recherche intérieure. Cette tendance est tellement marquée que Sigmund Freud eut beaucoup de difficultés à faire entrer la psychanalyse en Inde bien qu’il y eût un correspondant du nom de Bose. L’évidence s’imposait : la vie intérieure des Indiens ne nécessitait pas de travail analytique. Cela me fut confirmé par Sudhir Kakar, psychanalyste indien si ce n’est le psychanalyste indien que je rencontrai en Décembre 1989 à Delhi, et dont 7 ouvrages ont été traduits en France. Inde et Psy La tendance ‘psy’ de l’Inde va plutôt vers Jung dont je vis beaucoup de livres dans les 3 ou 4 bibliothèques universitaires indiennes que j’ai fréquentées en 1989, et où Freud était peu ou pas représenté. L’explication de Kakar, comme celle de Freud, confirmé par les mots de Jung tient à cette attitude indienne liée à son histoire et à ses pratiques rituelles, religieuses, spirituelles et personnelles qui donnent toute sa valeur au monde intérieur (‘The inner world’ de S. Kakar) et le met à l’abri du besoin de rencontrer le monde psy. Depuis ces temps du XXème siècle pourtant pas si éloigné, les choses ont évolué ou plutôt changé car il est difficile de dire si c’est vraiment une évolution au sens positif des choses. L’Occident se tourne vers son monde intérieur avec les excès parfois connus et l’Orient, quant à lui, découvre le monde matériel et s’y adapte très bien au risque de commettre les mêmes erreurs que nos pays (dits) développés. Revenons ‘gentiment’ au Yoga … Cette longue parenthèse permet de comprendre que l’Orient et l’Occident sont deux mondes différents, sûrement compatibles à condition de prendre en chacun ce qu’il a de meilleur. Si l’importation du Yoga dans nos pays l’a quelque peu déformé du fait que l’on en a surtout conservé l’aspect physique, il reste une tradition avec toute sa richesse et sa profondeur. Il y a bien sûr, avant toute chose, cette idée d’autonomie qui est conforme aussi à ce que le yogi ne soit pas soumis ni victime de sa vie. Comme j’ai déjà pu l’écrire, si la notion de Karma est bien présente dans son esprit, ce terme désigne en même temps la cause des conditions de vie actuellesliées aux actes passés de chacun, que ce soit dans cette vie ou dans celle d’avant, et aussi l’action possible. Or, dans le cas qui nous occupe, nous avons le droit et le devoir de ne pas nous laisser imposer une humeur mais d’en choisir une et d’adopter de ce fait le comportement en accord avec elle. Retrait du monde Il est vrai que le yogi hindou s’est retiré du monde comme le lui conseillent les textes (Bhagavad Gîtâ et certains traités du Yoga, les samhita). Cette rupture avec le monde des humains facilite le choix de l’humeur … D’autre part, alors que notre vie est bien ici, dans ce monde, nous autres Occidentaux, avons à affronter un quotidien pas toujours sympathique et devons y œuvrer. Cette situation amène à un réalisme essentiel au choix de l’humeur de gentillesse que l’on décide de cultiver, car le faire sans être confronté au monde n’aurait ni sens ni valeur. Par contre cultiver la gentillesse dans des situations peu aisées, voire difficile, est une réelle vertu. Donc pas de gentillesse insensée ou non décidée, mais véritable prise de position face à l’existence et à ses désagréments éventuels. Il importe de faire un constat clair et très précis de ce que l’on vit, sans se couper de la réalité du monde et d’en faire le point de départ du choix de la gentillesse. C’est à cette seule condition que cette attitude en lien avec un réel sentiment prend toute sa valeur. Seules les décisions de l’action, de ne pas se soumettre au fatum, de ne pas se laisser porter par la vie, de mettre en jeu tous les moyens dont nous disposons sont valables et utiles dans le sens d’une expansion d’un rayonnement salutaire pour tous, et en premier pour soi, aussi bien pour ce qui est de l’humeur que pour ce qui est de la gentillesse. Mais ce choix n’est pas facile et la tendance serait d’accuser les événements ou les situations ou encore la vie, ou de se dire qu’on n’a pas la tête à ça et qu’on y pensera une autre fois, ou encore de penser et dire que ça ne sert à rien, que c’est inutile et que de toute façon, personne ne le fait. Pour y parvenir concrètement il suffit de ne pas mettre la barre trop haut. Le philosophe Alain invitait à accueillir la petite pluie lorsque nous devons sortir et qu’à l’évidence nous allons nous mouiller. Un psychosomaticien expliquait comment l’humeur agit dans un cas pareil et décrivait les raidissements de l’organisme et d’autres empêchements de bien fonctionner qui en dérivent si on n’accueille pas cette ondée avec le sourire et une bonne philosophie. On peut donc penser aisément qu’il en est de même pour l’accueil de nos concitoyens dans une ambiance de gentillesse qui ne peut que bien nous disposer corps et âmes et les uns et les autres. Dans le cas précis des rencontres humaines, cette gentillesse rejoint ce qu’Alain nommait politesse qui peut se résumer simplement par ces mots : ‘Ne gâchons pas cet instant !’ qui est un instant de réunion à deux ou plus, et donc, d’union. Yoga = joindre Or, le sens du mot Yoga est joindre, unir. Mais … ‘Joindre quoi ? …’ demanderait le débutant. Et là tout se complique : corps-esprit, corps et souffle, Atman-Brahman (traduisez âme et Absolu), pôles énergétiques … Et j’en passe. Une des réponses possibles pourrait être celle de l’union à la pulsion de vie, ce que Freud nommait Eros, qui en permanence se trouve confronté à la pulsion de mort. Voici ce qu’il écrivait de manière prémonitoire en 1930, tout à fait à la fin de son livre Malaise dans la civilisation : … La question du sort de l'espèce humaine me semble se poser ainsi : le progrès de la civilisation saura-t-il, et dans quelle mesure, dominer les perturbations apportées à la vie en commun par les pulsions humaines d'agression et d'autodestruction ? A ce point de vue, l'époque actuelle mérite peut-être une attention toute particulière. Les hommes d'aujourd'hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature qu'avec leur aide il leur est devenu facile de s'exterminer mutuellement jusqu'au dernier. Ils le savent bien, et c'est ce qui explique une bonne part de leur agitation présente, de leur malheur et de leur angoisse. Et maintenant, il y a lieu d'attendre que l'autre des deux « puissances célestes », l'Eros éternel, tente un effort afin de s'affirmer dans la lutte qu'il mène contre son adversaire non moins immortel.
Qui finira par vaincre ? Le lecteur aura noté au passage que l’époque en question a 80 ans d’âge. UN … Souhaitons que la pulsion de vie l’emporte. Mais plus qu’un souhait, c’est une action réelle et concrète que chacun de nous peut et doit mener en tant qu’individu, donc indivisé, donc UN, mais aussi en ce qu’il est un avec l’humanité et avec l’ensemble de la nature, même la jolie fleur en photo au début de l’article. Je comprends que mes propos aillent à l’encontre de ce que peut penser le monde dit moderne et civilisé qui, finalement, tout en critiquant les méditants et autres ascètes qui se retirent du monde, ne fait pas mieux en niant ce monde et les liens qui y sont tissés par la Nature elle-même, écrite avec un grand ‘N’ pour la différencier de la nature dans laquelle nous allons nous promener en toute quiétude après une journée de travail. La pratique immédiate, décidée et sur le long terme est une des clés de cet avenir, à moins de faire le choix de laisser faire, d’attendre que les autres s’y mettent, que nos gouvernants agissent … et par là même de décider … qu’on décide pour nous. Pour être clair et concis, ce n’est pas qu’une journée de la gentillesse qu’il faudrait … alors que l’attitude en question est simplement humaine. Autonomie L’autre versant humain est dans le fait que l’homme n’a pas besoin de dogmes : la liberté est son programme qui le conditionne et sans laquelle la vie est impossible dans des conditions correctes. Le Yoga va dans ce sens et exalte l’autonomie de l’être, et comme nous avons commencé à le voir dans le dernier numéro de Drish, propose des valeurs en plein accord avec la gentillesse indispensable qui nous occupe. Donc, point d’austérité ardue et inhumaine, point de mortification morbide, point de souffrance ni de torture dans cette ascèse, mais simplement une élévation de l’être par une discipline intégrale de toutes ses dimensions, physique, psychique, énergétique, spirituelle, comportementale, simplement parce que comme indiqué plus haut, l’être est UN. Le but que se fixe le Yoga est la libération de la condition humaine et mise pour y parvenir, sur les capacités individuelles de développement des qualités essentielles sur tous les plans nommés ci-dessus. Cette foi en l’homme est un acte de gentillesse, de bonté, de bienveillance, de simple humanisme avec soi et avec tout ce qui nous entoure. Nous avons vu que le principe de Ne pas nuire (Ahimsa) qui est une forme de bienveillance envers tout ce qui existe sert cette cause, de même que Suivre la voie de Brahma (Brahmacharya) qui est le contrôle des sens et des passions, et le détachement (Aparigraha). Ces choix de vie directement inclus dans l’engagement sur la voie du Yoga traditionnel sous-tendent la pratique de la gentillesse et en assurent à la fois sa sincérité et sa régularité pérenne. Nous avons aussi vu que la Pureté (Shausha) a à voir avec la gentillesse en ce qu’une de ses composantes est de ne pas avoir de pensées négatives envers nos semblables. Ensuite que le contentement (Santosha) nous invite à être contents quoi qu’il arrive sans exclure l’action menée pour améliorer les choses. Ce choix d’attitude est une des portes accédant au bonheur puisqu’il est surtout dû à la culture d’une attitude intérieure nous amenant à voir l’existence autrement que ce que nous aurions tendance naturellement à considérer sous l’impulsion des passions humaines qui sont sûrement d’excellents moteurs, mais à contrôler. Ces deux derniers principes de Pureté et Contentement se trouvaient dans le dernier paragraphe de l’article dans la dernière revue, qui évoquait 5 autres clés. Nous allons voir à présent les 3 éléments restant qui font partie aussi des Niyama constituant la seconde étape du Yoga traditionnel ou Raja-Yoga. Action ! : Kriya-Yoga Les trois dernières valeurs présentes dans les Niyama, aussi anciennes que le Yoga lui-même (5.000 ans et peut-être bien plus …), ont été regroupées et définies par Patanjali il y a 2.000 ans sous l’appellation de Yoga de la vie quotidienne ou Kriya-Yoga, que l’on peut traduire par Yoga de l’action et de la purification, puisque le terme de Kriya se définit ainsi. Ce Yoga de l’action du Kriya-Yoga ne doit pas être confondu avec le Karma-Yoga, Yoga de l’action désintéressée, qui est un des quatre grands Yoga tels que définis par la Bhagavad-Gîtâ. Le Kriya-Yoga est constitué de trois principes très importants et en rapport avec la gentillesse en ce sens qu’ils facilitent eux aussi l’accès à l’émergence de la gentillesse naturelle et sont à pratiquer au quotidien d’où l’appellation précisée ci-dessus de Yoga de la vie quotidienne. Il est à noter que certains ‘maîtres modernes’ (expression personnelle sur laquelle je reviendrai sûrement en évoquant l’épistémologie) nomment Kriya-Yoga des pratiques physiques sans aucun rapport avec la tradition à laquelle je me réfère ici issue des textes anciens de Patanjali. Les trois éléments composant le Kriya-Yoga sont Tapas qui désigne l’ascèse, la discipline, Swadhyaya qui est l’étude de soi et enfin Isvaraparanidhana dont la traduction incomplète est don de soi. Discipline La discipline est indissociable du Yoga : cette notion remonte aux temps les plus anciens puisque lors des invasions successives, même avant notre ère, des témoignages indiquent la présence d’ascètes aux abords des points d’eau. Les Grecs anciens les nommaient les gymnosophistes (que l’on peut traduire par philosophes nus ; de –gymno-, corps et -sophia-, sagesse). Alexandre le Grand lors de ses conquêtes le menant jusqu’à la vallée de l’Indus, en a rencontrés (Cf. les écrits de Plutarque et de Montaigne). Une légende raconte même que lors d’une de ces rencontres avec ces hommes hors du commun, aucun ne fléchit face aux ordres du conquérant et préférait mourir qu’obéir. Les sadhu (du sanskrit signifiant homme de bien, saint homme) sont ces hommes connus depuis des temps très anciens (la préhistoire semble-t-il) et s’apparentent aux shamanes. Ce sont des renonçants (traduction habituelle) qui n’ont ni famille, ni toit, ni possession mis à part une tunique de couleur selon leur appartenance religieuse et ont tout délaissé afin de n’avoir plus qu’une seule préoccupation : Moksha, c'est-à-dire la libération de la condition humaine. La discipline présente plusieurs facettes dont j’ai pu largement parler, allant de l’exercice sur soi jusqu’à la mortification. Celle dont il est question ici ne doit pas aller dans ce dernier sens extrême d’autant qu’elle est empreinte de modération. Elle rejoint plutôt la logique de Rousseau disant que : … Plus le corps est faible, plus il commande, plus il est fort et plus il obéit …
Dans ce cadre, il est indispensable, l’être ne faisant qu’un, d’unifier justement (c’est encore le sens du mot Yoga) les composantes corps-mental de l’être à des fins spirituelles tout en respectant le corps (souvenons-nous de ahimsa vu plus haut). On devine donc la portée de cette dimension dans l’attitude toute faite de gentillesse : la discipline entraîne la maîtrise ou au moins le contrôle de soi, allant dans le sens du but de brahmacharya indiqué plus haut. Etude de soi L’autre valeur du Kriya-Yoga, la deuxième qui est aussi le 4ème Niyama est Swadhyaya qui vient de Swa = soi, et de adhyaya qui est l’examen, l’étude, l’analyse, la conscience. Il consiste à apprendre à se connaître, à connaître sa nature profonde : c’est l’étude de soi, si on traduit littéralement. Sans cette approche, tout travail spirituel risque d’échouer en ce sens que le Yoga ancien savait, bien avant les découvertes de la psychanalyse et de la psychologie moderne, que la part inconsciente de chaque être a un énorme pouvoir. Cette étude de soi rejoint aussi ce que l’on nomme le Jnana-Yoga qui est un autre des quatre grands Yoga, le Yoga de la Connaissance qui a pour but de prendre conscience que chacun de nous ne se limite pas à un corps, un mental, etc., mais est beaucoup plus que cela, en clair qu’il est surtout une part d’Absolu. Selon certaines traductions, le sens est étendu au travail de lecture et de réflexion à partir de textes sacrés : l’idée est de connaître par ces textes, l’idéal dont le yogi doit se rapprocher du mieux possible. A partir de là, c’est aussi l’abandon de tendances indésirables et destructrices qui facilitera la mise en place des modifications réactionnelles. On voit bien que dans cette notion de Swadhyaya, il y a une large place pour la gentillesse : d’abord parce que la connaissance de soi permet de débusquer en soi toute tendance de rejet de l’autre. Ensuite, parce que la découverte des écrits de base amène à se rendre compte qu’ils prônent une attitude de non-violence, de bonne disposition et de bienveillance vis-à-vis d’autrui. Don de soi Quelle belle expression que celle-ci. La traduction étymologique dérive des termes Ishvara et pranidhana. Ce dernier terme veut dire : mettre aux pieds de … c'est-à-dire offrir. Quant à Ishvara, il est un dieu personnel, une ishtadevata selon le terme utilisé en Inde, c'est-à-dire une divinité personnelle que l’on peut se représenter avec un sens d’Absolu. Cette dernière valeur des Niyama signifie que l’on offre les fruits de ses actions à la divinité, donc qu’on se détourne des fruits, rejoignant ainsi le Yoga de l’action désintéressée ou Karma-Yoga déjà cité plus haut. Ishvarapranidhana est la soumission de l’ego à la divinité. Il pourrait rejoindre cette parole de l’Evangile de Marc XIV, 36 et Matthieu XXVI, 39 : ‘Non pas ce que je veux mais ce que Vous voulez !...’
Le don de soi à la divinité rejoint l’autre grand Yoga parmi les quatre, le Bhakti-Yoga ou Yoga de la dévotion qui exalte les sentiments et émotions tournés vers le divin. Le Bhakti-Yoga est la voie des mystiques. Pour nous Occidentaux, la voie de Ishvarapranidhana peut se concrétiser par le don de soi, simplement, et se traduire par le service aux autres, que ce soit au plan professionnel comme au plan personnel. Cette attitude tournée vers les autres doit bien entendu se faire de bon cœur, partir d’une bonne intention, se faire avec l’immanquable gentillesse sans laquelle ce service à autrui n’aurait pas de sens. A y bien regarder, la gentillesse, valeur à développer en Occident reste, en théorie, très présente dans les principes premiers du Yoga traditionnel. Que ce soit dans les principes de fonctionnement que le Raja-yogi adopte en s’engageant sur la voie du Yoga royal (Raja-Yoga ou encore Patanjali-Yoga ou encore Ashtanga-Yoga en ce sens qu’il compte 8 étapes ou 8 parties – de ashta=8 et anga=membre-), que ce soit dans les différents Yoga, on retrouve cette constante de bienveillance dépouillée d’intérêt. Dans le prochain article, nous finirons en envisageant les enseignements de deux personnalités, l’une orientale, l’autre occidentale : nous y retrouverons le même message encore plus explicite. Bonne pratique … de la gentillesse ! … à suivre … La suite de cet article est disponible dans ce même numéro double quelques pages plus loin
Attention : nouvelle pandémie ! Nous avons eu Creutzfeldt-Jakob, puis la grippe aviaire, puis la grippe N1H1 … Voici une nouvelle pandémie qui menace, celle du siècle, peut-être … En tous cas, c’est à souhaiter. Une épidémie mondiale est en train de se propager à une allure vertigineuse, épidémie de bonheur, encore plus dangereuse que le H1N1 ! L’OMBE (Organisation Mondiale du Bien-Etre) prévoit que des milliards d'individus seront contaminés dans les 10 ans à venir. Voici les symptômes à surveiller de cette terrible maladie : 1 - Tendance à se laisser guider par son intuition personnelle plutôt que d'agir sous la pression des peurs, idées reçues et conditionnements ou dogmes du passé. 2 - Manque total d'intérêt pour juger les autres, se juger soi-même et s'intéresser à tout ce qui engendre des conflits. 3 - Perte complète de la capacité à se faire du souci (ceci représente l'un des symptômes les plus graves). 4 - Plaisir constant à apprécier les choses et les êtres tels qu'ils sont, ce qui entraîne la disparition de l'habitude de vouloir changer les autres. 5 - Désir intense de se transformer soi-même pour gérer positivement ses pensées, ses émotions, soncorps physique, sa vie matérielle et son environnement afin de développer sans cesse ses potentiels de santé, de créativité et d'amour. 6 - Attaques répétées de sourire, ce sourire qui dit ‘merci’ et donne un sentiment d'unité et d'harmonie avec tout ce qui vit. 7 - Ouverture sans cesse croissante à l'esprit d'enfance, à la simplicité, au rire et à la gaieté. 8 - Moments de plus en plus fréquents de communication consciente avec son Ame, son Être … ce qui donne un sentiment de plénitude et de bonheur. 9 - Plaisir de se comporter en personne qui apporte joie et lumière plutôt que critique ou indifférence. 10 - Capacité à vivre seul, en couple, en famille et en société dans la fluidité et l'égalité, sans jouer ni les victimes, ni les bourreaux, ni les sauveurs. 11 - Sentiment de se sentir responsable et heureux d'offrir au monde ses rêves d'un futur abondant, harmonieux et pacifique. 12 - Acceptation totale de sa présence sur terre et volonté de choisir à chaque instant, le beau, le bon, le vrai et le vivant.
... Attention ! ... 1/ Si vous voulez continuer à vivre dans la peur, la dépendance, les conflits, la maladie et le conformisme, évitez tout contact avec des personnes présentant ces symptômes. 2/ Cette maladie est extrêmement contagieuse ! Si vous présentez déjà des symptômes, sachez que votre état est probablement irréversible. Les traitements médicaux peuvent faire disparaître momentanément quelques symptômes mais ne peuvent s'opposer à la progression inéluctable du mal. 3/ Aucun vaccin anti-bonheur n'existe. Comme cette maladie du bonheur provoque une perte de la peur de mourir, qui est l'un des piliers centraux des croyances de la société matérialiste moderne, des troubles sociaux risquent de se produire, tels des grèves de l'esprit belliqueux et du besoin d'avoir raison, rassemblements de gens heureux pour chanter, danser et célébrer la vie, des cercles de partage et de guérison, des crises de fou-rire et des séances de défoulement émotionnel collectives … Mettons-nous au frais !... Dans le DRISH 105 paru en Décembre dernier, il s’en est fallu de peu que, sur la lancée du froid tarnais auquel nous avons goûté lors de la retraite en silence (délicieux !), vous trouviez un article vous encourageant à la douche fraîche matinale … Oui, vous avez bien lu : la douche fraîche matinale. Et puis, finalement, j’ai pensé que c’était peut-être un peu tôt et j’ai alors décidé de ne vous en reparler qu’au moment des beaux jours. Nous y sommes. Aïe !... Je sens bien que déjà mon lecteur se demande si finalement il va aller au bout de cet article si court et s’il n’a pas plus urgent à faire que poursuivre la lecture de ce nouveau numéro de DRISH … Parce que l’eau fraîche … en cette saison … BRRRRR !!! Drôle d’idée ! Il s’agit là d’un drôle de sujet que j’évoque régulièrement depuis près d’une trentaine d’années puisque une session lui fut consacrée à Sérignan-plage en … 1983. Janie, Odette, Marie, Huguette, Suzy et les autres, n’hésitèrent pas en cette période d’Avril-Mai à plonger dans la fraîcheur de la mer avant de s’activer de manière dynamique selon le programme pré-établi. Bien avant cette session entièrement axée sur ce thème, il y avait eu dans les années 1978-1979 des sessions que j’avais co-animées à Fronsac, près des Pyrénées. Le Dimanche matin, j’y avais proposé une pratique dans le même sens : ainsi, après une pratique puissante, nous étions allés nous jeter à la Garonne toute proche avant de nous activer à nouveau. Une véritable aventure ! J’ai goûté à ces pratiques dans les torrents glacés de l'Ariège, ou encore à la station de ski de Torgon en 1980 lors d’un séminaire de Yoga. En Juillet 1994, j’ai testé ces bains ‘frais’ à 2600 m d’altitude, dans le lac du Portillon couvert de gros glaçons ou de mini-icebergs, comme vous voudrez … Température estimée par les gens du coin : 4°C. Ce fut bref … Du côté le moins exposé au soleil, le lac était gelé. On peut bien se demander quel rapport le contact avec l’eau froide entretient avec le Yoga. Ce rapport est évident dès l’instant où on considère que l’ascèse est une école de liberté donc de non dépendance et aussi un système de santé. Le contact avec l’eau froide tel que décrit ici a l’avantage d’activer le système thermorégulateur, de stimuler la circulation capillaire, de faciliter une bonne circulation, de donner un bon coup de fouet naturel le matin au lever, de nourrir la peau comme aucun produit artificiel ne saurait le faire. Sur un plan plus en rapport avec les données philosophiques, le contact avec le froid, comme avec le chaud, d’ailleurs, fait partie de Tapas, la discipline : en effet, on doit pouvoir résister à l’un comme à l’autre. Tout est une question de constitution physique (tout de même), de mental, de détente et d’entraînement. Liberté et conscience Enfin, dernier avantage qui est aussi une conséquence : oublier quelques instants le confort de la vie moderne en sachant que cela fait aussi partie de la discipline proposée par le Yoga en ce sens que savoir résister aux éléments extérieurs nous redonne notre vraie capacité de liberté et de conscience. Et ça, ça n’a pas de prix. Dans les articles disponibles dans la revue, une constante revient de façon systématique parce qu’elle est inévitable dans la pratique du Yoga, qu’il soit physique ou mental : la conscience. Or, il s’avère que notre état de conscience peut fluctuer, il n’est pas toujours le même et son acuité peut se moduler d’un moment à un autre : de cela, nous ne nous rendons pas compte. Bien sûr, le lecteur pourra me rétorquer que quand il est conscient, il est conscient … Certes … mais l’observation démontre que le matin, entre le lever et la sortie de la douche fraîche, le seuil de vigilance et de conscience n’est pas du tout le même … Je ne puis que vous encourager à commencer dès la réception de la revue, en cette période favorable où on recherche ce contact rafraîchissant. En tenant compte des conditions météorologiques acceptables, de l’élévation progressive des températures, l’entrée en été et l’automne est le meilleur moment pour s’y mettre … Il ne restera plus qu’à s’y tenir lors du déclin de la lumière et de la chaleur en Septembre, puis en Octobre, Novembre … Décembre … En Janvier, Février lorsque la lumière est rare et cachée par les nuages ou les pluies ou la neige et qu’il gèle dehors … BRRRRR ! (Bis !). Pourtant, je vous l’assure … quel régal !... Le principe Il est de créer une réponse de tout le corps et une réaction de la peau par un contact bref avec l’eau fraîche le matin, à jeun. La réaction obéit au principe suivant que nous pourrions schématiser ainsi : Eau fraîche sur peau chaude --> Production de chaleur ++ En clair, deux éléments en présence : la peau chaude et l’eau froide. Vous avez bien lu : le robinet d’eau chaude est éteint, complètement éteint et la condition de chaleur de la peau est impérative. En ce qui concerne le premier point très important, on peut activer cette chaleur cutanée et l’augmenter par deux procédés simples : un passif et un actif. Commençons par l’actif : comme celui testé au bord de Garonne, à Sérignan ou au Portillon, il s’agit de faire monter la température musculaire en activant la circulation. Cela peut se faire en pratiquant des salutations au soleil très rapides ou bien Baïtak. On peut aussi masser le corps à main nue et ‘claquer’ la peau, gentiment bien sûr, de façon à stimuler encore plus la circulation. Bien entendu, si l’effort tôt le matin vous rebute quelque peu, alors vous apprécierez sûrement la méthode passive : elle consiste à rester sous la douche et à réduire peu à peu le volume d’eau froide de façon à ce que votre douche devienne de plus en plus chaude, jusqu’à sentir cet irrésistible désir (mais si ! mais si !) de bénéficier d’une eau bien fraîche. Coupez alors l’eau chaude et laisser couler quelques instant et en quelques secondes seulement, passez l’eau froide sur votre corps tout entier. Dans la même logique de fonctionnement, en passant par une préparation physique ou par l’augmentation progressive de la température, on obtient la réaction suivante : Eau fraîche sur peau chaude ++ --> Production de chaleur ++++ L’idéal est donc d’avoir échauffé le corps au préalable, avant le contact avec la fraîcheur cristalline car plus la peau est chaude et plus sa réactivité sera importante. Dans les deux cas indiqués, sans préparation particulière ou avec échauffement, la réaction est immédiate et surtout marquée si le corps est très chaud : on obtient une ouverture et une dilatation des capillaires qui se traduit par un rougissement de la peau au niveau des larges zones musclées : pectoraux, sangle abdominale, cuisses, bras, dos … Quelques clés … Je dois dire que j’ai longtemps tâtonné avant de trouver la bonne manière et peut-être en sera-t-il de même pour vous. La description ci-dessus apporte la confirmation de cette notion propre au Yoga traditionnel selon laquelle il faut continuer et persévérer tout en privilégiant toujours le confort : c’est la règle Stihra-Sukham qui en sanskrit signifie ferme et agréable. En ce sens, cette pratique ne peut pas se faire si vous n’êtes pas vraiment bien chaud, tant corporellement que … psychologiquement. En particulier, on veillera à ce que les extrémités soient chaudes (mains, pieds). Dans le cas contraire, il importe de ne rien forcer, et … mieux vaut s’imposer d’attendre une autre fois. Comment on fait ? Le moment de la pratique est celui du lever : le corps est chaud du fait que l’on sort du lit et il est possible voire souhaitable de le chauffer encore plus en prenant quelques minutes pour l’activer comme indiqué plus haut. Lorsque la peau est bien chaude au point qu’on ressent l’envie de se déshabiller sans craindre la température ambiante, passer le corps à l’eau froide. Là plusieurs possibilités s’offrent à vous : soit déposer une fine pellicule d’eau sur la peau à l’aide de la main mouillée, soit s’asperger avec l’eau courante ou avec une petite quantité d’eau laissée au fond de la baignoire ou avec un gant bien mouillé, soit enfin, passer sous la douche froide de façon très brève comme indiqué plus haut dans la présentation, puis sécher, frotter, et reprendre une pratique dynamique afin de rétablir une production de chaleur corporelle. Lors de la reprise du courant normal de votre journée, vous ne devez avoir aucune sensation de froid : dans le cas ou vous vous sentiriez refroidi ou avec pieds et mains gelés, il faut revoir la pratique, ne pas abandonner et simplement passer mains et pieds sous l’eau chaude ou bien se doucher à nouveau à l’eau chaude, le temps nécessaire avant de passer à vos occupations habituelles. Les pieds sont souvent les "oubliés" du corps et nous devons en prendre soin. Rappel anatomique Les capillaires, petits vaisseaux sanguins irriguant toutes les parties de l’organisme ont un diamètre de quelques microns seulement. Ils permettent d’approvisionner l’organisme en Oxygène, de le libérer du CO2 par le lien au système respiratoire, et aussi d'apporter, en plus de la chaleur ainsi redistribuée, tous les nutriments nécessaires au fonctionnement cellulaire, ainsi que les informations hormonales. Si on mettait à bout tous ces minuscules vaisseaux, ils couvriraient l’équivalent de 3 fois le tour de la planète … Chaque capillaire est muni, à son entrée, d’un sphincter (on devine la minutie de ce mécanisme, vu la taille du vaisseau !...) qui en permet la fermeture ou l’ouverture : le débit peut passer de 1 à 20. Si le mode de progression des globules conserve encore quelques énigmes, 80 % du sang se trouve dans nos capillaires, selon le Dr Salmanoff (1875-1964, auteur de Secrets et sagesse du corps) qui attachait une grande importance au terrain et à l’hydrologie. Nombre de nos maux viendraient d’une mauvaise circulation : ainsi, la capillaropathie et la capillarothérapie seraient deux vivantes réalités dont notre santé dépend amplement. Le confort avant tout La pratique de la stimulation de la thermorégulation reste une question et un dispositif d'adaptation ; il importe donc de conserver jusqu'au bout sa liberté d’action selon le temps ... et l'envie. Il arrive souvent que notre plus grand adversaire soit en nous-mêmes : … c’est lorsqu’on dit d’une chose qu’elle est impossible qu’on la rend impossible… disait un philosophe oriental. Le moindre doute, la moindre crainte suffisent à vous faire trouver l’eau froide ... froide, voire très froide. Le raisonnement se retourne alors contre vous et vous devenez votre propre ennemi. Avant tout, cherchez le confort : le plaisir du corps dans cette habitude du contact au froid vous guidera. Seul inconvénient de cette hygiène matinale lorsqu'on y est bien accoutumé : l'appel de l'eau fraîche est si fort qu'en été, on peut avoir l’impression que l’eau froide n’est pas assez froide et on en vient presque à désirer que la saison chaude s’achève, afin de retrouver le contact vif et puissant de l'eau très froide sur la peau.
Un délice! Encore une hésitation ? … Seriez-vous frileux sur ce projet ? … Allez, jetez-vous à l’eau ! ... Bon courage, et bonne progression! Le Yoga et l’œil (4) Alors ? Un chien, un chat … rien de plus banal. Mais avez-vous pu mener l’expérience au bout qui vous a été proposée dans le dernier DRISH ? Bref rappel Il s’agit, souvenez-vous, de vous placer face à la revue, à environ 50 cm du texte : une fois en place, regardez la double page et fixer le chat, tout en percevant dans votre champ visuel, la présence du chien à droite. Une fois que vous y êtes, poursuivez ainsi : les yeux étant fixés sur le chat, fermez l’œil gauche … et là, surprise, le chien disparaît. Refaites à nouveau l’expérience sur ce numéro si vous n’avez pas eu le temps ni l’occasion de vous y livrer la dernière fois. Vous pouvez aussi faire la même expérience de l’autre côté : tenez la revue à la même distance du visage, fixez le chien en percevant la présence du chat dans votre champ visuel gauche sans bouger les yeux. Toujours en fixant votre regard sur le chien, fermez l’œil droit. Si tout se passe comme prévu, cette fois-ci, c’est le chat qui disparaît … Magie ? Cette expérience simple que l’on peut accomplir de plusieurs façons, n’a rien de la magie : elle démontre l’imperfection de nos sens et aussi comment notre corps peut, comme par magie, combler cette déficience qui est parfaitement naturelle puisque due à l’architecture de l’œil en tant qu’organe de la vue. Avant d’aborder l’explication anatomique, voici deux autres façons de mettre en évidence ce surprenant phénomène qui est la démonstration qu’au niveau de chaque œil nous avons un manque de perception. La manière la plus simple est de tendre le bras droit devant soi, à l’horizontale, le pouce dressé comme si vous faisiez de l’auto-stop juste en face de l’œil droit. Fermez l’œil gauche. Sans bouger les yeux, ce qui veut dire que votre œil droit ne doit pas suivre votre pouce, déplacez lentement le pouce droit vers la droite. Après une course d’environ une quinzaine de centimètres, le pouce disparaît entièrement … La même chose peut être faite de l’autre côté, pouce gauche, œil gauche, toujours sans bouger l’œil lorsque le pouce se déplace vers la gauche cette fois. Plus loin … Il est possible de refaire la même chose en plaçant sur un tableau ou un mur, deux feuilles de couleur d’environ 15 centimètres de côté distantes d’une soixantaine de centimètres l’une de l’autre. Se placer à environ 4 pas de la paroi, fixer la feuille gauche, puis fermer l’œil gauche. La feuille de droite disparaît entièrement. Même chose bien sûr en fixant la feuille de droite et en fermant l’œil droit : la feuille de gauche disparaît entièrement elle aussi. Encore plus loin … On notera que plus on éloigne l’objet à observer et plus la taille de la disparition est importante : le chien ou le chat qui ne sont plus visibles tout à coup alors qu’on est à quelques dizaines de centimètres de la revue, mesurent environ 2 centimètres. A 4 pas, c’est une surface d’environ 15 centimètres de côté qui disparaît. Si vous refaites l’expérience à l’extérieur, une énorme surprise vous attend : à 30 mètres, c’est une grosse voiture, un gros arbuste ou un fourgon qui disparaissent, ce qui donne une idée de la taille de la déficience immédiatement corrigée par la vision binoculaire. Il faut ajouter que cette correction de la réalité incomplètement perçue se fait sans qu’on en soit conscient … de même que nous n’avons pas conscience de cette tache aveugle qui existe pourtant au niveau de chaque œil sans lien avec sa différence de champ visuel … Petite histoire … Il y a quelques temps, j’animais une session de formation dans le Gers et avais parmi mes participants un jeune homme qui avait perdu un œil au cours d’un accident de la vie professionnelle. De son œil unique, il était certain d’avoir une vue parfaite, ce qu’il affirmait avec une certitude affichée. Je proposai cette expérience : l’idée que son œil valide pût le ‘trahir’ ainsi le fit largement sourire. Il décida de participer et se leva spontanément pour se livrer le premier à l’expérience telle que décrite ci-dessus, en se plaçant à quelques pas du tableau. Dès qu’il eut posé son œil droit valide sur la forme de gauche dessinée au tableau, il eut une expression de panique, bougea son œil pour se rassurer et percevoir à nouveau la forme de droite, et revint à nouveau fixer la forme de gauche, ce qui fit à nouveau disparaître celle de droite … Un peu d’anatomie Nous sommes en lien avec le monde extérieur par l’intermédiaire des organes des sens qui transmettent les messages par l’influx nerveux jusqu’au cerveau, permettant ainsi la perception des sensations. L’œil informe des conditions de lumière, forme, distance, relief et couleurs de l’objet regardé. Il fonctionne comme un appareil sensible que l’on pourrait comparer à un appareil photographique sophistiqué. Il capture les images du monde ambiant avec une simple différence : il est relié à un puissant ordinateur complexe dont nous verrons plus loin les facéties en rapport avec la vision. Voyons à présent comment il est constitué et comment on peut expliquer ce phénomène surprenant de la tache aveugle. L’œil est constitué par une coque sphérique membraneuse composée de 3 enveloppes entourant 3 milieux semi liquides transparents. De l'enveloppe membraneuse, une seule des 3 membranes concentriques qui la constituent va nous intéresser. Certes, la sclérotique et la choroïde sont essentielles à la protection de l’œil. La première est une membrane fibreuse qui assure la protection du globe oculaire : sa partie antérieure est la cornée. La choroïde, richement vascularisée, transforme la cavité oculaire en ‘chambre noire’ et s’ouvre en avant par l'iris, sorte de diaphragme à ouverture variable. La troisième membrane va être pour nous la plus importante dans le phénomène de la vision : il s’agit de la rétine, membrane nerveuse plaquée contre la choroïde et siège des cellules sensorielles de la vision rangées à sa périphérie. C’est à son niveau que se trouvent les cellules sensorielles cônes et bâtonnets sensibles à la luminosité et à la vision diurne et nocturne, surtout au niveau de la zone très sensible à la perception, appelée tache jaune et située dans l’axe de la pupille. Dans chaque œil, il y a environ 120.000.000 de bâtonnets dont la dimension est pour chacun d’environ 0,06 millimètre x 0,25 millimètre et environ 7.000.000 de cônes de forme plus courte et plus large que les bâtonnets. Précisions … Les cônes sont des cellules sensibles qui détectent les couleurs et la lumière vive. Ils assurent la finesse de la vision. Quant aux bâtonnets, ce sont des cellules cylindriques qui réagissent à la lumière mais qui ne peuvent distinguer les couleurs. Leur grande sensibilité leur permet d’assurer la vision dans des endroits faiblement éclairés et de distinguer le noir et le blanc. Cônes et bâtonnets emploient un dérivé de la vitamine A pour convertir l'énergie lumineuse en impulsions nerveuses. Vitamine de la croissance, de la vision et de la peau, on la trouve dans le beurre, l'huile de foie de morue, le jaune d'oeuf, le foie, le gruyère, le pain complet. L'organisme peut la créer à partir de carottes, salades, épinards, abricots, melon, orange, tomates … Toute carence alimentaire en vitamine A peut générer une mauvaise vision nocturne. Les cônes fonctionnent en pleine lumière : le pigment nommé rhodopsine qu’ils contiennent est décomposé et décoloré à la lumière. Ce processus crée un potentiel électrique qui transforme l'énergie lumineuse en impulsion nerveuse. Ces cellules de la perception visuelle qui produisent un influx nerveux s'articulent avec des neurones bipolaires eux-mêmes articulés sur des neurones multipolaires dont les axones constitueront les fibres du nerf optique. Un parcours complexe En clair, l’image ou l’objet que nous contemplons suit une course précise. L’onde lumineuse traverse d’abord la cornée qui est la partie de l’œil la plus en avant, puis passe la chambre antérieure où se trouve l’humeur aqueuse et vient traverser le cristallin qui est la lentille s’adaptant à la distance et dont on perçoit la pupille délimitée par l’ouverture plus ou moins importante de l’iris. L’image entre alors dans l’énorme humeur vitrée qui est la portion la plus volumineuse du globe oculaire avant de venir toucher la rétine, plus précisément la tache jaune ou fovéa (voir schéma p.39). La fovéa (taille : 1 millimètre de diamètre !) est le point de l’œil le plus sensible et le mieux placé pour une bonne perception de l’image, au centre de la macula lutea qui est la partie de l’œil où l’activité est maximale. On notera qu’il ne se trouve pas de bâtonnets sur cette tache jaune et les cônes y sont plus étroits et plus serrés qu'ailleurs sur la surface de la rétine. A partir de cette dernière, l’information visuelle passe au nerf optique qui va, à son tour, transmettre les informations par un réseau composé du chiasma optique où s’entrecroisent les nefs optiques, des bandelettes optiques, puis des corps genouillés qui font partie du thalamus. Après ce long cheminement, pourtant instantané, l’image parvient aux aires visuelles occipitales :c’est à ce dernier étage du cerveau que se produit la sensation visuelle. Retour au point aveugle Comme nous venons de le voir, le lieu d’où part le nerf optique se situe au fond de la rétine : c’est justement à cet emplacement précis totalement dépourvu de cellules sensibles, que se trouve ce point aveugle puisque aucune perception ne peut s’y faire. Cette zone oculaire particulière est aussi appelée papille optique ou encore tache de Mariotte : c’est au XVIIIème siècle que Edme Mariotte qui étudia la nature de la couleur, le mouvement des fluides, la chute des corps, la variation des volumes des gaz, la glace, le baromètre, etc., membre de la première Académie des sciences de Paris et auteur de 4 Essais de physique, découvrit cette zone de l’œil insensible à la lumière, tache en forme de disque légèrement ovoïde dépourvu de cônes et de bâtonnets, par lequel le nerf optique joint l’œil au cerveau. Le schéma ci-dessus indique le mécanisme avec l’exemple du chien et du chat expérimenté précédemment : l’axe de chacun des deux nerfs optiques se trouve en face de l’un des animaux familiers. Le dessin anatomique permet de comprendre de visu que le chat n’est pas perçu par l’œil gauche et qu’en même temps, le chien ne l’est pas non plus par l’œil droit … du moins en théorie car on peut se rendre compte dans le même temps que l’angle de vision de chaque œil couvre les manquements de l’autre. Donc, les deux yeux ouverts, je peux voir sans problème les deux mammifères ainsi disposés : c’est seulement si je ferme un œil que celui situé en face de l’autre œil disparaît. Revoilà l’épistémologie … La description de ce processus serait incomplète si l’on omettait d’évoquer le rôle important du cerveau qui reconstitue l’image et nous laisse croire qu’elle est complète. En effet, les expériences décrites ici et dans Drish n°106 mettent en évidence ce manque d’image, ce trou impressionnant dans le champ visuel droit et gauche. Pourtant, si lors d’une promenade vous prenez le temps de vous arrêter et de contempler le paysage et de fermer un œil … vous ne remarquerez rien de spécial … simplement parce que notre cerveau, ce modèle impressionnant de traitement de l’information, nous laisse une image qu’il nous fait croire complète … Aussi connue que l’Arlésienne, depuis le temps que j’en parle, voilà encore une fois cette drôle de science citée. Son étude nous permettra de nous rendre compte que notre puissant cerveau peut être aussi l’instrument de notre ignorance, ce qui avait fait dire à Gaston Bachelard : … Il faut penser contre le cerveau. Vous avez dit hémianopsie ? Au cours de mon parcours universitaire en milieu hospitalier en service de neuropsychologie, j’ai rencontré des personnes souffrant de quadranopsie ou encore d’hémianopsie, la première étant une perte d’une partie du champ de vision, la seconde celle de la moitié. Cette défaillance très difficile à vivre pour les personnes qui en souffrent, est étonnante en ce sens que, au début en tout cas, le défaut n’est pas perçu par celui qui souffre de cette déficience. On pourrait faire un parallèle pour comprendre cette absence de conscience du manque, avec ce que l’on appelle en conduite automobile, l'angle mort situé entre l’espace latéral et celui couvert par le rétroviseur. C’est un espace très proche et pourtant inaccessible au champ visuel lorsqu’on se trouve au volant, du simple fait qu’en situation de conduite, il n’est pas dans le champ des rétroviseurs. Rien n’y apparaît et il semble alors que rien ne s’oppose au dépassement de la voiture qui précède, alors que l’angle mort cache, en ce sens qu’il ne permet pas de le percevoir, que quelqu’un est en train de nous dépasser … Voyons les choses en face Dans les faits, même lorsque les images à voir sont devant nous, il arrive que nous ne les voyions pas. C’est l’exemple de celui qui cherche ses lunettes et qui les a sur le nez ou celui qui cherche ses clés en les tenant en main … Le cerveau peut être complice de cette situation : vous cherchez un livre dans votre bibliothèque mais ne le trouvez pas. Finalement vous vous rendez compte que vous l’aviez devant vous mais l’image que vous en aviez en tête ne correspondait pas à la réalité. Au fait avez-vous lu ce qui est écrit dans le triangle ci-dessus ? Vous avez sûrement lu A BIRD IN THE BUSH. Mais en êtes-vous bien sûr ? Oui ? Relisez à nouveau, vérifiez, sait-on jamais … Alors ? On en reparle bientôt. En attendant, gardez bon pied bon œil. Du silence naît tout ce qui vit et dure ; car c’est le silence qui nous relie à l’univers, à l’infini, il est la racine de l’existence et par là l’équilibre de la vie. Yehudi Menuhin Violoniste, chef d’orchestre, 1916-1999
Fiche technique : le palming Le palming est une technique que l’on doit à William H Bates qu’Aldous Huxley a fait connaître dans son livre l’Art de voir où il décrit un ensemble de techniques simples pour rendre à l’œil ses possibilités naturelles. Monsieur W H Bates William Horatio Bates est né en 1860. Diplômé en 1885 de l'École de médecine et de chirurgie de l'université Columbia de New York, il a été chirurgien, puis professeur et aussi conférencier. A partir de là, il a recueilli une énorme documentation concernant des cas de guérisons inexpliquées de diverses affections oculaires, et des études de cas d’à peu près 30.000 personnes. L’originalité de sa découverte tient au lien existant, selon lui, entre l’état d’esprit et la fonction visuelle, l’état de détente permettant une meilleure adaptation visuelle. Bates s’est éteint en 1931 après avoir permis à des milliers de gens de retrouver une activité visuelle proche de la normale. La méthode qu’il a mise au point puis développée au début du XXe siècle porte son nom. La pratique du palming est un des clés présentées par ce spécialiste afin d’améliorer la fonction de la vision. Cette pratique en lien avec le thème de l’œil développé dans lesarticles présents dans la revue, permet de reposer l’œil d’une manière parfaitement naturelle et agréable. Le principe simple consiste à frotter les paumes de mains (d’où le mot ‘palming’ évoqué par W H Bates) l’une contre l’autre jusqu’à sentir une chaleur forte à la surface de la peau et à les placer ensuite sur les yeux sans toucher ceux-ci : l’idée est de constituer une chambre noire dans laquelle aucune lumière ne pénètre. La chaleur des mains et l’obscurité ainsi créée amènent une relaxation profitable des globes oculaires. Donc, pas de pression sur les yeux, c’est important. Encore la relaxation De même que la relaxation est à la base de toute amélioration, cette règle est la même pour les possibilités de l’œil que l’on peut conserver, voire retrouver si l’on s’en tient à des exercices simples sans chercher à forcer l’organe de la vue. Un des conseils du Docteur Bates était : … Tout sur-effort mental se répercute sur l’œil … Il ajoutait aussi que : … L’œil possède une vision parfaite, mais seulement lorsqu’il est détendu … Une des premières choses à faire lorsqu’on désire détendre les yeux est de les fermer : cela procure un repos non seulement au niveau oculaire, mais aussi à celui mental. L’avantage du palming est dans le fait qu’il obscurcit complètement l’espace devant les yeux et permet une détente encore plus grande. Durée, fréquence Cet exercice peut se faire pendant quelques minutes, mais plutôt que le prolonger dans le temps, il vaut mieux le répéter plusieurs fois dans la journée. Bien entendu, selon le temps disponible, la chambre noire peut être maintenue 5 minutes et aller jusqu’à 20 minutes. Un cas cité dans la littérature en rapport avec la méthode Bates cite le cas d’une personne ayant pratiqué le palming pendant … 20 heures d’affilée. Elle en aurait récupéré une grande capacité visuelle … Bien entendu, le lecteur se doute bien qu’il n’est pas utile d’en venir à une telle durée : la régularité et la périodicité sont plus importantes que la durée d’une seule pratique quotidienne. Et ce d’autant plus que notre œil travaille en permanence, on pourrait même dire malgré nous. Explication Nous devons considérer, pour mieux comprendre la nécessité de permettre à nos yeux de se reposer, qu’ils travaillent vraiment tout le temps. Comme nous aurons le loisir de le voir en continuant notre étude de la vision et la description de pratiques précises portant sur cette fonction, l’œil est directement couplé à l’activité mentale, ce que les yogis hindous avaient repéré depuis longtemps puisqu’ils ont mis au point des pratiques spécifiques de concentration impliquant le contrôle et l’immobilité détendue de l’œil, indispensables à une évolution plus poussée dans la pratique du Yoga. W H Bates disait : ... Nous voyons principalement avec notre conscience, et en partie seulement avec nos yeux. Ce point de vue (si on peut dire …) était le même que celui des anciens yogis indiens qui avaient même rédigé un texte, le Drik Drikshia Viveka dans lequel les initiés au sanskrit auront reconnu les mots Drik et Drikshia qui sont de la même famille que Drish (= voir, contempler, regarder), et Viveka qui désigne la discrimination au sens de perception du vrai. Le titre Drik Drikshia Viveka signifie la discrimination entre le spectateur et le spectacle où il faut voir chacun de nous comme spectateur de ce monde et le spectacle comme l’ensemble de ce qui nous entoure perceptible par nos sens qui sont limités : il suffit pour s’en rendre compte de voir l’article sur l’œil dans ce numéro double. L’objet de ce texte indien est de nous amener à comprendre le fonctionnement de nos sens et de l’œil en particulier afin de nous rendre compte que c’est le mental qui perçoit tout, lui-même étant simplement au service d’une part plus profonde de nous-mêmes puisque perçu à son tour. Il s’agit en clair de nous distinguer de ce que nous percevons afin d’éviter une identification source d’attachement. Nous reviendrons plus tard sur ce texte à propos des articles sur l’œil. Eppur si muove … Cette phrase correspond à un temps fort de l’histoire des sciences, puisque c’est, selon la légende, celle que marmonna en 1633, Galileo Galilei, physicien, philosophe et mathématicien plus connu sous le nom de Galilée, au moment où il fut forcé par l’Inquisition de nier et abjurer sa théorie selon laquelle c’est la Terre qui tourne autour du Soleil et non l’inverse. En même temps qu’il dût revenir sur cette thèse, il poursuivit cependant son idée par ces mots qui signifient : … et pourtant elle tourne !! … Littéralement : … elle bouge … le verbe italien muovere ayant cette signification. J’utilise ici cette phrase pour l’appliquer à l’œil car on ne peut nier son mouvement ni la permanence de ce mouvement. Tout d’abord au quotidien : l’œil est en permanence en recherche d’informations pouvant nous intéresser pour une raison ou pour une autre, en complète harmonie avec son vieux complice le cerveau qui l’oriente, bien malgré nous, d’ailleurs, dans certains cas. Il bouge souvent Ensuite il est d’autres moments où les mouvements de l’œil sont inutiles et pourtant bien présents : il s’agit du sommeil et de la pratique du Yoga. Au cours de la nuit, dans la phase de sommeil paradoxal également nommée phase REM –pour Rapid Eye Movement-, alors que nous sommes en train de rêver, nos yeux bougent … Lorsque nous nous concentrons dans une séance de Yoga, si la qualité de la concentration est insuffisante, les yeux ou les paupières bougent … C’est à ce simple détail et à quelques autres qu’un enseignant expérimenté repère si un pratiquant est bien dans un état de calme et de contrôle des fluctuations mentales, ou non. Ce sont ces éléments perceptibles qui indiquent le niveau d’un habitué. Autre exemple, il est difficile de créer une image mentale précise si elle est contraire au mouvement oculaire en relation … Faites ce test : en conservant les yeux fermés, tentez de vous représenter mentalement une orange posée sur le sol. Ensuite, sans bouger les yeux, voyez-la s’élever en l’air comme si elle échappait à la pesanteur … Retour au palming Cette chambre noire avec les mains en coque sur les yeux doit se faire avec un maximum de détente et de confort. Ces qualités doivent se retrouver au niveau de votre position : on peut alors s’asseoir et poser les coudes sur une table, ou encore poser les bras pliés sur le dossier de la chaise sur laquelle on se sera au préalable installé à califourchon. La position allongée est à éviter car elle ne permet pas de poser les coudes et va ainsi créer une tension musculaire importante ne permettant pas le relâchement recherché des membres supérieurs ni la possibilité de tenir longtemps. Ensuite, une fois les mains en place, il est possible d’ouvrir les yeux et de vérifier la plénitude de l’obscurité créée : elle doit être totale. Ce n’est pas facile au début, mais on y parvient avec un peu d’entraînement d’autant qu’il faut veiller à ne pas appuyer sur les yeux, à ne pas contracter les avant-bras et les mains, à ne pas comprimer les narines … Lorsque tout est bon et qu’on a pu déguster la chaleur des paumes en avant des paupières, on peut alors faire bouger les yeux consciemment et volontairement dans l’obscurité ainsi faite. Ces mouvements ont une fonction importante pour l’œil dans sa fonction d’accommodation puisque nous verrons que la grande idée du Dr Bates a été de considérer que cette adaptation de l’œil n’est pas liée aux muscles ciliaires rattachés au cristallin, mais est directement en relation avec les muscles assurant le mouvement oculaire. Moment Il est évident que cette technique est à pratiquer régulièrement comme cela a déjà été dit, et encore plus particulièrement lorsque les tâches quotidiennes peuvent amener des tensions, des crispations au niveau de l’œil et donc une fatigue oculaire. L’ordinateur, la minutie de certains travaux, les longues journées, la lecture de documents dans des conditions difficiles de luminosité ou de composition du texte lui-même nécessitent de se mettre un peu plus souvent à cette pratique simple qui apporte une réelle détente de l’œil et du mental. A pratiquer sans modération. |